Persécutions des chrétiens, l’étrange silence

« Œcuménisme du sang », cette belle formule du pape François pour désigner l’unité dans la persécution trouve une résonance particulière en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens : dans de nombreux pays du monde, les persécutions croissent. À quoi il serait possible d’ajouter un « œcuménisme du silence », tant ces persécutions se font souvent dans une indifférence totale, observe le géopoliticien Jean-Baptiste Noé.

Jean-Baptiste Noé – publié le 26/01/23 Aleteia

En matière de bruit médiatique, le nombre ne fait pas toujours l’actualité. Dans de nombreux pays, les persécutions contre les chrétiens sont en augmentation, sans que cela ne suscite beaucoup de commentaires. Afrique, Asie, Amérique centrale, que les rapports émanent de l’Aide à l’Église en détresse (AED) ou de l’ONG protestante Portes ouvertes, les données sont sensiblement les mêmes : les persécutions augmentent et les chrétiens sont des victimes faciles. Le tout dans une relative indifférence.

Minorités opprimées

C’est lorsqu’ils sont minoritaires que les chrétiens risquent le plus la persécution. Cette minorité peut être ethnique (Afrique), sociale (Asie) ou politique (Amérique latine). Il peut s’agir de persécutions pour renforcer un pouvoir ou éliminer des opposants politiques (Nicaragua), pour réaliser l’unité du pays autour d’un parti unique (Inde, Chine), pour chasser des ethnies ou des peuples afin d’accaparer des terres (NigeriaSomalieKarabagh). Dans tous les cas, c’est bien une majorité qui opprime une minorité. Cette dernière n’a que peu de moyens pour faire face. Soit elle prend les armes pour défendre ses villes et ses terres, ce qui plonge le pays dans une guerre sans fin, comme au Burkina Faso et au Soudan, soit elle se range du côté du plus fort ou s’engage dans une nouvelle forme d’église du silence, comme en Chine. Partout, une issue positive est peu probable. Le plus fort gagne, surtout quand il peut allier la puissance de la force à celle du droit. 

Certaines persécutions sont plus subtiles, sans être pour autant moins terribles. Ce sont celles qui ne manient pas l’épée et qui ne font pas couler le sang, mais qui se retranche derrière le droit, les tribunaux et les condamnations légales. Ces persécutions ont l’apparence de la légalité, elles donnent l’impression que l’État respecte le droit et que les lois protègent les personnes. En réalité, le droit est frelaté, les procès biaisés, les jugements écrits d’avance. On se souvient d’Asia Bibi au Pakistan, on pourrait ajouter les jeunes filles chrétiennes régulièrement enlevées au Sahel, pour lesquelles ni la police ni la justice ne cherchent à arrêter les coupables

Persécutions sans fin

Pourquoi un tel silence ? Une part de fatalité sans doute, notamment pour les conflits ethniques en Afrique qui sont des fractures anciennes du continent. Une part de soumission aussi. Que peut-on dire à la Chine et à l’Inde compte tenu de leur poids économique ? Une part d’indifférence également : qu’importe finalement ce qui peut se passer en Érythrée ou en Somalie ? 


Ce sang qui coule à bas bruit n’est pas assez sonore pour remplir le tam-tam médiatique.


Le Saint-Siège peut bien dénoncer ou condamner ces persécutions, son poids pour les arrêter est somme toute minime. Ce sang qui coule à bas bruit n’est pas assez sonore pour remplir le tam-tam médiatique. On se souvient de l’emballement autour des Rohingyas, quand certains pays demandaient même une intervention militaire. On parle beaucoup, avec raison, du génocide arménien durant la Première Guerre mondiale, on parle beaucoup moins des massacres des Assyro-Chaldéens, qui eurent lieu au même moment, pour les mêmes raisons et dans les mêmes proportions. Pour qu’un massacre porte et qu’il soit entendu, il faut qu’il soit relayé. Soit par des diasporas présentes dans les pays occidentaux, soit par des ONG, qui ont des relais dans les pays qui comptent.

Il faut aussi que la dénonciation puisse être politiquement utile. L’attention autour des Rohingyas n’était pas dénuée d’arrière-pensée : cela permettait d’empêcher la Chine de se déployer en Birmanie et d’y bâtir un port. Si demain il faut faire passer un pipe-line dans une zone où des chrétiens sont persécutés, leur sort deviendra beaucoup plus intéressant à médiatiser. Dans un monde de plus en plus mondialisé, il y a bien un « œcuménisme du sang », mais il n’y a pas encore une mondialisation de la compassion et de l’attention pour les nombreuses minorités opprimées. 

Si ce n’est pas pénible, est-ce encore du travail ?

Un travail sans effort n’est pas un travail, mais un travail dont l’effort détruit et asservit, soutient la philosophe Jeanne Larghero, ne mérite pas le nom de travail humain.

Jeanne Larghero – publié le 20/01/23 Aleteia

La pénibilité du travail est en premier lieu une réalité physique, mais elle est aussi une réalité mentale : à la fatigue du corps propre à chaque métier s’ajoute la pression nerveuse, l’usure psychologique liées notamment à la nature sociale de tout travail. Toute activité supposant des objectifs et de la collaboration impose de ce fait des horaires à respecter, des méthodologies et hiérarchies à accepter et… des gens à supporter. Cette pénibilité est-elle irréductible, ou pourra-t-on au contraire un jour avoir tellement gommé les contraintes, tellement amélioré nos conditions de travail que celui-ci finirait par relever… du loisir ? Derrière cette question de la pénibilité, on voit évidemment se profiler un élément central des débats actuels divisant le monde politique, et l’opinion publique, réactivant au passage des logiques de lutte des classes.

Un effort de dépassement

Si l’espèce humaine travaille, c’est parce qu’elle est contrainte de transformer la nature pour l’adapter à ses besoins vitaux : les fruits spontanés de la terre sont insuffisants à nous nourrir tous, voilà pourquoi nous la cultivons. Par ailleurs les forces naturelles humaines paraissent dérisoires comparées à l’immensité des besoins : né sans griffes ou dents acérées, sans plumes ou fourrure, l’être humain est très démuni et constitue une proie facile pour le monde animal. Cet immense effort de dépassement de notre dénuement originel, effort individuel et collectif, a pour nom le travail. Par nature le travail est un effort, auquel notre humaine condition nous contraint. Rêver d’un travail dénué de tout effort, c’est rêver d’être un ange. Rêver d’une vie dépourvue d’effort, c’est aspirer à la condition divine telle que les religions grecques païennes l’imaginaient : les dieux ne travaillent pas, ne produisent pas leurs expédients, ils s’amusent ou se battent. Voilà pourquoi le citoyen grec délègue le travail manuel aux esclaves : les dieux eux-mêmes ne daignant pas travailler, le travail manuel est une activité indigne, et réciproquement. 

Un effort qui libère

Dès lors effort et pénibilité sont à distinguer : par notre effort nous gagnons des forces nouvelles, nous développons notre esprit pratique, nos dispositions techniques, notre inventivité, nous renforçons notre volonté, notre capacité à aller au bout de nos projets. Qui dit travail dit effort. Et paradoxalement cet effort quoique contraignant nous libère : pour autant que nous est garanti le droit de bénéficier des fruits de notre travail, nous disposons alors de la sécurité qui permet de se projeter dans l’avenir, de se construire une vie.  En un mot nous gagnons notre liberté et la savourons comme une victoire.

En revanche un travail dont la pénibilité anéantit la finalité même du travail qui est de mener les facultés humaines à leur accomplissement, un travail dont la pénibilité ruine les facultés mentales au lieu de les élever, détruit la force physique nécessaire au travail et à la vie elle-mêm​e, ne mérite plus le nom de travail : c’est un asservissement insensé ; sacrifier sa vie au travail est absurde. Car c’est bien le travail qui est fait pour l’homme et non l’homme pour le travail. C’est pourquoi une ligne de crête s’offre à nous : assumer et ne pas fuir l’effort inhérent au travail, identifier les pénibilités et ne pas les subir. 

« La santé n’est pas un luxe », lance le Pape à des techniciens de la santé

Par Anna Kurian – « La santé n’est pas un luxe ! », a affirmé le pape François devant les représentants de la Fédération nationale italienne des techniciens de santé de radiologie médicale et des professions techniques de la santé, de la réhabilitation et de la prévention, le 16 janvier. Il les a invités à pratiquer « la sympathie » plutôt qu’une « application froide des protocoles ». Durant l’audience, le Pape a salué l’ »engagement » et le « dévouement », « spécialement quand il sont cachés », des membres de cette fédération représentant quelque 160.000 professionnels. Évoquant « l’expérience très particulière, difficilement imaginable, de la pandémie », il a fait observer que « sans (leur) engagement et (leurs) peines, de nombreux malades n’auraient pas été soignés » et a rendu hommage à leur « sens du devoir animé de la force de l’amour », au risque de leur propre santé. 

À l’approche de la Journée mondiale du malade (11 février), le Pape a appelé à lutter contre la « solitude » des personnes malades. Il a encouragé à « ne pas céder à une logique de rendement stérile ou à une application froide des protocoles ». « Les malades sont des personnes qui demandent d’être soignées et de se sentir soignées, et pour cela il est important de se mettre en relation avec eux avec humanité et sympathie », a-t-il déclaré. Le pontife argentin a aussi tenu à rappeler que les professionnels de la santé étaient également « des personnes ». « Vous avez besoin de quelqu’un qui prenne soin de vous, à travers la reconnaissance de votre service, la protection de conditions de travail adaptées et la participation d’un nombre approprié de soignants, afin que le droit à la santé soit reconnu à tous », a-t-il dit. 

« La santé n’est pas un luxe ! », a alors répété le pontife de 86 ans, en avertissant : « Un monde qui met à l’écart les malades, qui n’aide pas celui qui n’a pas les moyens de se soigner, est cynique et n’a pas d’avenir. » En concluant, le Pape a insisté sur les « valeurs éthiques » de leurs professions. Valeurs qui, « unies à la connaissance scientifique et aux compétences, permettent d’accompagner les personnes (…) de la meilleure façon ».

Article tiré de La Lettre du Vatican,,,,,Un service exclusif de l’agence vaticane I.Media pour les membres Aleteia Premium

Se libérer de son égo pour grandir dans l’esprit de service

Ce dimanche, le Pape commente l’Évangile de Jean (Jn 1, 29-34). Immédiatement après avoir baptisé Jésus dans le Jourdain, Jean le Baptiste qui a accompli sa mission «sait s’effacer» sans attendre une quelconque récompense. Le Pape demande aux prêtres et aux fidèles de s’inspirer de son esprit de service.

Marie Duhamel – Cité du Vatican

‘L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était ». Tels sont les propos de Jean le Baptiste après avoir baptisé Jésus dans le Jourdain, rapporte l’Evangile du jour. «Cette déclaration révèle l’esprit de service de Jean», déclare le Pape ce dimanche 15 janvier depuis la fenêtre du palais apostolique.

De prophète à disciple

Envoyé pour préparer la venue du Messie, Jean a prêché au peuple, il a rassemblé des disciples et les a formés pendant longtemps. «Humainement parlant, on pourrait penser qu’il recevrait une « récompense », une place de choix dans la vie publique de Jésus. Mais non», souligne François. Une fois sa mission accomplie, Jean «se retire de la scène pour laisser la place à Jésus», ilsait «s’effacer» pour se mettre «humblement à l’écoute» de celui qu’il désigne comme étant ‘l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde’.


“«Jean met ses disciples sur les traces de Jésus. Il n’est pas intéressé par le fait d’avoir des adeptes, de gagner du prestige et du succès, mais il témoigne et ensuite se retire, afin que beaucoup puissent avoir la joie de rencontrer Jésus».”


Bien que ce soit difficile, Jean ne lie personne à lui-même, comme le fait «le véritable éducateur». Dans sa catéchèse, le Pape insiste sur cet esprit de service de Jean le Baptiste qui témoigne de la liberté par rapport aux attachements. Il est «naturel» de s’attacher aux rôles, aux positions, au besoin d’être estimé, reconnu et récompensé, mais souligne le Pape, «ce n’est pas une bonne chose car le service implique la gratuité, de s’occuper des autres sans bénéfice pour soi, sans arrière-pensée». François estime essentiel de savoir se mettre de côté, d‘«apprendre à prendre congé: J’ai fait cette mission, je m’écarte et je laisse la place au Seigneur».

Un exemple à suivre

François appelle chacun à suivre les traces de Jean en cultivant la vertu de s’effacer au moment opportun en témoignant que le point de référence dans la vie est Jésus. Cela vaut pour tous, dans de nombreux domaines – amitié, vie de couple en communauté, mais François évoque en particulier les prêtres appelés à prêcher «non par goût du protagonisme ou de l’intérêt, mais pour accompagner les autres vers Jésus», et les parents qui doivent laisser leurs enfants libres de suivre leur propre voie après les avoir élevés aux prix de tant de sacrifices. «Se libérer des attaches de son ego et savoir s’effacer à un prix, mais c’est très important: c’est le pas décisif pour grandir dans l’esprit de service», insiste-t-il.

Faire de la place au Seigneur et aux autres

Comme il le fait souvent, François interpelle enfin les fidèles afin qu’ils procèdent à un examen d’introspection: «Sommes-nous capables de faire de la place aux autres, de les écouter, de les laisser libres, de ne pas les lier à nous en prétendant une reconnaissance? Attirons-nous les autres vers Jésus ou vers nous-mêmes? Et encore, en suivant l’exemple de Jean: savons-nous nous réjouir du fait que les gens prennent leur propre chemin et suivent leur propre appel, même si cela implique un certain détachement par rapport à nous? Nous réjouissons-nous de leurs progrès, avec sincérité et sans jalousie?». Le Pape conclue sa catéchèse en demandant l’intercession de la Vierge Marie afin qu’elle aide chacun à être libres de tout attachement, à faire de la place au Seigneur et à faire de la place aux autres.

La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

Chaque année, le principal temps fort œcuménique demeure la « Semaine de prière pour l’unité chrétienne » qui, depuis 1908, rassemble des chrétiens de toutes confessions du 18 au 25 janvier. Le thème de 2023 : « Apprenez à faire le bien, recherchez la justice (Ésaïe 1,17). »

Ce sont les chrétiens du Minnesota (États-Unis) qui ont choisi le thème de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2023 : « Apprenez à faire le bien, recherchez la justice (Ésaïe 1,17). »

Ésaïe exhorte le peuple de Dieu de son temps à apprendre à faire ensemble le bien, à rechercher ensemble la justice, à secourir ensemble les opprimés, à faire droit à l’orphelin et à prendre la défense de la veuve ensemble. Le défi lancé par le prophète nous concerne également aujourd’hui.

Comment pouvons-nous vivre notre unité en tant que chrétiens afin d’apporter une réponse aux maux et injustices de notre temps ? Comment pouvons-nous engager le dialogue, accroître la sensibilisation, la compréhension et notre intuition par rapport aux expériences vécues par les uns et les autres ?

Ces prières et ces rencontres du cœur ont le pouvoir de nous transformer – individuellement et collectivement. Soyons ouverts à la présence de Dieu dans toutes nos rencontres, alors que nous cherchons à nous transformer, à démanteler les structures sources d’oppression et à guérir les péchés du racisme. Ensemble, engageons-nous dans la lutte pour la justice dans notre société. Nous appartenons tous au Christ.


Un comité international – composé de représentants du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (Rome) et de la commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Eglises (Genève) – publie chaque année un document sur un thème préparé par un groupe interconfessionnel d’un pays. Il propose un thème biblique, un schéma de célébration œcuménique et des prières quotidiennes.

En France, la réalisation et la diffusion du matériel pédagogique (visuel et divers outils pour célébrer cette Semaine de prière, téléchargeables sur semainedepriere.unitedeschretiens.fr) sont réalisés conjointement par le Conseil d’Églises chrétiennes en France et l’Association Unité Chrétienne.

ÉDUCATEURS POUR FAIRE GRANDIR LA VIE

Prions pour que les éducateurs soient des témoins crédibles, en enseignant la fraternité plutôt que la compétition et en aidant tout particulièrement les jeunes les plus vulnérables.

Beau et vaste chantier que l’intention proposée par le pape ce mois-ci de prier pour les éducateurs. Ce seul mot traverse les réalités sociales et humaines. Il n’y a pas besoin d’être enseignant, professeur, éducateur spécialisé, parent pour se sentir concerné. Chacun dans son métier, son activité associative, ses loisirs, peut se trouver en position d’éducateur ; il transmet à d’autres une compétence, une sagesse, un encouragement, un émerveillement, une ouverture transcendante au beau, au bon, au bien qui stimule la vie autour de soi.

Pour le pape, l’éducateur est d’abord un témoin crédible qui a expérimenté en vérité ce qu’il transmet. Ainsi, il ne s’arrête pas aux compétences techniques nécessaires, il vise plus haut, un bien plus universel : comment une relation entretenue avec des gens, un objet, un art, toute activité intellectuelle ou manuelle, peut être source de fraternité, de joie partagée, de créativité. Les concours et les compétitions qui stimulent la performance, l’excellence, peuvent aussi être au service d’une estime mutuelle, s’ils ne sont pas dans la perspective essentielle de dominer ou d’humilier.

L’attention aux jeunes les plus vulnérables est donnée comme un repère pour vérifier la qualité de l’attitude éducative. L’éducateur peut chercher sa propre satisfaction en s’occupant des ‘meilleurs’, qui renverront une image gratifiante du travail accompli. Les plus faibles décodent cette attitude comme un rejet vis à vis d’eux. Que pourront-ils apporter à cette œuvre collective qui demande de la réciprocité ? Parfois, ce sera un simple sourire au milieu des épreuves. Cadeau admirable.

Le chantier est immense. Chacun, pourvu qu’il se connaisse un peu lui-même, sait les puissances ténébreuses qui peuvent l’habiter. Un mot dur, une attitude blessante sont si vite partis !

Par ailleurs, dans notre monde qui se laisse entraîner à promouvoir les valeurs individualistes, la tâche des éducateurs devient parfois impossible. Comment partager des valeurs collectives si chacun revendique les siennes propres ?

En priant pour les éducateurs, nous prions aussi pour nous-mêmes, pour qu’à notre place nous participions à ce beau travail au service du bien vivre ensemble.

Daniel Régent sj, directeur du Réseau Mondial de Prière du Pape en France

Intelligence artificielle : l’Appel de Rome, « un instrument utile pour un dialogue commun »

Le pape François affirme que l’Appel de Rome pour une éthique en intelligence artificielle (IA) « peut être un instrument utile pour un dialogue commun entre tout le monde afin de favoriser un développement humain des nouvelles technologies ». Les adhésions à cet Appel sont « un pas significatif pour promouvoir une anthropologie numérique basée sur trois éléments fondamentaux : l’éthique, l’éducation et le droit ».

C’est ce que le pape a dit en recevant ce mardi matin 10 janvier 2023 une délégation des participants à la conférence « Éthique en IA : un engagement abrahamique pour l’Appel de Rome » (AI Ethics: An Abrahamic commitment to the Rome Call). Organisée par l’Académie pontificale pour la vie et la Fondation RenAIssance, la conférence a eu lieu le 10 janvier au Vatican.  Parmi les participants étaient : Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie et de la Fondation RenAIssance; le cheik Abdallah bin Bayyah, président du Forum pour la promotion de la paix dans les sociétés musulmanes; le rabbin Eliezer Simha Weisz, membre du conseil du Grand rabbinat d’Israël, ainsi que le président de Microsoft, Brad Smith, le vice-président d’IBM, Dario Gil, et le chef économiste de la FAO, Maximo Torero Cullen.

Dans son discours, le pape se réjouit du fait que les premiers signataires de l’Appel de Rome (en 2020) souhaitent « impliquer les autres grandes religions mondiales et les hommes et femmes de bonne volonté pour que « l’algor-éthique » – réflexion éthique sur l’usage des algorithmes – soit de plus en plus présente non seulement dans le débat public, mais aussi dans le développement de solutions techniques ». En effet, « chaque personne doit pouvoir bénéficier d’un développement humain et solidaire, sans que personne n’en soit exclu », affirme le pape.

Après la première signature en 2020, note-t-il, « l’événement d’aujourd’hui voit également l’implication des délégations juives et islamiques, qui regardent la soi-disant intelligence artificielle avec un regard inspiré par les paroles de l’encyclique Fratelli tutti ». « La fraternité entre tous est la condition préalable pour que le développement technologique soit aussi au service de la justice et de la paix dans le monde. »

Le pape rappelle également que « dans la rencontre de différentes visions du monde, les droits de l’homme représentent un important point de convergence dans la recherche d’un terrain d’entente ». En citant son discours à l’Assemblée plénière de l’Académie pontificale pour la vie (le 28 février 2020), le pape souligne qu’à l’heure actuelle, « une réflexion renouvelée sur les droits et devoirs dans ce domaine semble nécessaire ». « L’ampleur et l’accélération des transformations de l’ère numérique ont en effet soulevé des problèmes et des situations imprévus qui défient notre éthique individuelle et collective », note le pape François.

En concluant, le pape exprime son « soutien » aux signataires de l’Appel et les « invite à poursuivre la recherche des voies qui conduiront à une implication toujours plus grande de tous ceux qui ont à cœur le bien de la famille humaine ».

Agence ZENIT Marina Droujinina,Journalisme (Moscou & Bruxelles). Théologie (Bruxelles, IET)

Les cinq dons des anges

Les anges ont-ils une volonté propre ? Ont-ils été créés libres ? Leur intelligence est-elle comparable à l’intelligence humaine ? Voici cinq dons qu’ils ont reçus du Seigneur.

Aline Iaschine – publié le 10/01/23 Aleteia

Au début de la Création, Dieu a créé en un instant une myriade d’anges magnifiques. En les créant, Dieu leur a fait la grâce d’un bonheur suprême, d’une intelligence incommensurable, d’une volonté sans faiblesse, d’une connaissance parfaite. Mais il leur a aussi donné la liberté, afin qu’ils puissent choisir librement de Le servir et de L’aimer. 

1 LA VISION BÉATIFIQUE

Le plus grand don des anges, c’est de vivre le face-à-face avec l’Éternel. Avant la Résurrection du Christ, les anges étaient les seuls habitants du Ciel, louant sans cesse le Seigneur devant son Trône glorieux. Ces esprits purs, tout en aidant les hommes sur terre, en les éclairant et en guidant leurs pas, n’arrêtent jamais de contempler Dieu. Certains passages bibliques en témoignent, notamment lorsque l’Archange Gabriel visite Zacharie et dit « Je suis Gabriel et je me tiens en présence de Dieu » (Lc 1,19) ou encore lorsque Jésus dit « gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père » (Mt 18, 10). 

2 L’INTELLIGENCE

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L’intelligence humaine est souvent incertaine, alors que l’intelligence angélique se distingue par sa rapidité, sa promptitude et la sécurité de ses conceptions. Les anges sont dotés d’une intelligence vive et intuitive. D’ailleurs, Dieu ne priva pas les anges rebelles de l’intelligence naturelle qu’Il leur avait donnée lorsqu’Il les avait créés. Cependant, par leur refus, ces anges se coupèrent eux-mêmes de l’intelligence divine. Par leur rejet de Dieu, ils ont irrémédiablement dénaturé le don divin. Ainsi, « le plus petit des anges fidèles, éclairé par l’intelligence divine, surpasse en sagesse le Prince des Enfers, réduit à ses propres lumières », explique Anne Bernet dans son livre Enquête sur les anges (Artège).

3 LA CONNAISSANCE

Dès le moment de leur création, Dieu a fait connaître aux anges la réalité de tout ce qu’Il créait. Les anges apprennent sans effort. Contrairement à l’homme qui se lasse et exige du repos, l’ange est infatigable précisément parce qu’il est libéré des pesanteurs de la matière. Anne Bernet explique : « La mémoire humaine est capricieuse, celle de l’ange est incapable du moindre oubli. Ce qu’il sait, il le sait définitivement et parfaitement ».  

4 LA VOLONTÉ

La volonté humaine est hésitante, tandis que la volonté angélique se distingue par la ténacité de ses résolutions. La nôtre est soumise aux désirs, aux passions et aux concupiscences, alors que celle des anges en est exempte et ne connaît pas de fluctuations. La volonté de l’ange est si absolue que ses décisions sont irrévocables. Comme le confirme le quatrième Concile du Latran (1215) toutes les créatures étaient originellement bonnes, même le diable et les démons qui « ont été créés par Dieu naturellement bons ». C’est précisément par leur propre volonté qu’ils ont perdu leur bonté primitive et c’est par eux-mêmes qu’ils sont devenus mauvais de manière irrévocable.

5 LA LIBERTÉ

Dieu a créé les anges libres de Le servir et de L’aimer. Il a formé leurs intelligences et leur volonté pour le choisir librement, mais ne les a pas entièrement privés de la possibilité de le rejeter. Ainsi, en raison de leur nature angélique, leur possibilité de pécher était infime et improbable, mais existante. Anne Bernet explique que « pour les en défendre, il leur avait donné sa grâce et sa sainteté, leur rendant ce malheur presque impossible. Toute faute angélique, par conséquent, ne pourrait plus être que le fruit d’un acte de volonté monstrueusement vicieux et totalement pesé, soupesé et prémédité ». 

À l’origine et en un instant, dit saint Augustin, « la nature angélique fut créée et la grâce fut répandue dans les esprits angéliques ». Les anges ont été créés pour une béatitude surnaturelle. Dès le premier instant de leur existence, ils ont été mis dans les conditions de parvenir à ce bonheur suprême, c’est-à-dire à la vision béatifique éternelle de Dieu, à laquelle nous aussi, nous sommes appelés à participer à la fin des temps. 

Mariage, baptême… Un prêtre peut-il refuser de donner ces sacrements ?

Le cas n’est pas courant, mais la déchristianisation le rend plus actuel. Un prêtre peut-il refuser à quelqu’un de lui administrer un sacrement ? Oui, non par punition, mais parce que le fidèle n’est pas à même de recevoir la grâce de Dieu. Explications.

Valdemar de Vaux – publié le 07/01/23 Article Aleteia

C’est un des effets de la déchristianisation, qui ne finit pas de s’accentuer, en France notamment. Certains s’approchent de l’Église pour demander des sacrements, sans toujours savoir à quoi ils correspondent et sans conscience de la conversion que cela suppose. Ils mettent alors dans une situation délicate les chrétiens ou les prêtres qu’ils rencontrent, partagés entre le désir de faire profiter le plus grand nombre de la grâce divine sans pour autant la brader.

À tel point que, pour Mgr Daucourt, évêque émérite de Nanterre, ce dilemme fait partie du « poids du jour » des prêtres. Il explique, dans son dernier ouvrage, Prêtres en morceaux : « Devant le constat du peu de personnes ayant une relation avec le Christ », certains prêtres se découragent et « se demandent à quoi ils servent et finalement ne croient plus à leur ministère. » Au contraire, ajoute-t-il, « d’autres ont la tentation de prendre des mesures sévères pour l’accès aux sacrements avec le risque de couper le lien ténu qui relie ces ‘baptisés non chrétiens croyants’ avec le Christ et l’Église et l’illusion de vouloir une Église ‘de vrais chrétiens’ ».

Le baptême ne peut être refusé à personne

Il est difficile de chiffrer le nombre de sacrements refusés, mais il est sûr que la chose n’est pas très répandue. Quand le cas se présente, il est d’ailleurs cause de bruit médiatique : en 2009, plusieurs médias nationaux s’étaient fait l’écho d’un refus de baptême à Nantes. À l’époque, Mgr Soubrier, évêque dudit diocèse, expliquait : « Nous sommes face à un malentendu sur le sens du baptême. On ne peut pas dire : “On accueille et on verra bien ensuite”. Il faut un espoir fondé de découverte de la foi. »

Si des parents ne comptent pas éduquer leur enfant dans la foi, il devient légitime de se demander s’ils ont vraiment le désir du sacrement

Dans le cas du baptême, effectivement, le droit canonique stipule qu’on ne peut le refuser à personne (§ 843). Mais les articles suivants ajoutent que cela suppose la volonté d’éduquer chrétiennement son enfant, dans le cas des tout-petits. Si des parents ne comptent pas éduquer leur enfant dans la foi, il devient légitime de se demander s’ils ont vraiment le désir du sacrement, parce que la grâce reçue doit pouvoir s’épanouir au-delà de l’événement en lui-même. Et parce que cela serait contradictoire : comment peut-on vouloir que son enfant soit chrétien sans vouloir lui faire découvrir, d’abord par l’exemple, ce qu’est la foi ? 

En théorie, le prêtre peut donc refuser le baptême pour cette raison, mais la décision est difficilement compréhensible pour l’entourage du tout-petit. De sorte que le ministre soit baptise de toute façon, pour laisser agir la grâce et ne pas en priver un enfant, ou bien essaye de trouver une solution qui ne brade pas le sacrement mais n’effraie pas les parents : leur demander de s’engager davantage dans la préparation, s’assurer que les aînés du baptisés soient au catéchisme, ou bien le retarder. 

Un réel désir de recevoir le sacrement du mariage

Pour ce qui est du mariage, les refus sont finalement liés aux mêmes problèmes de compréhension et de liberté, et tout aussi rares, notamment parce que le nombre de demandes baisse tous les ans. Là aussi, le prêtre qui reçoit des futurs mariés doit s’assurer, non pas de leur perfection – ce serait sûrement trompeur – mais de leur réel désir de recevoir, à travers le sacrement, la grâce du Seigneur pour vivre en époux chrétiens, unis indissolublement et librement, ouverts à la vie et désireux de transmettre la foi à leurs potentiels enfants.

S’ajoutent des contraintes plus matérielles (nécessité d’être confirmé, consanguinité, impuissance, disparité de culte…) mais le principal reste la possibilité que la grâce agisse dans des cœurs disposés. Une fois de plus, c’est au ministre de discerner le bien-fondé de la demande et de l’ajuster éventuellement, voire de la refuser. 

Au fond, la question est celle qui a agité l’Église au sujet des divorcés-remariés pendant le Synode sur la famille. Le pape François a voulu y apporter une forme de réponse dans le chapitre VIII d’Amoris laetitia en appelant chacun à un discernement pastoral qui s’adapte à toutes les situations qui se présentent. Il l’exprimait déjà au début de son pontificat (Evangelii gaudium, § 47) :

« Même les portes des sacrements de devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. […] Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. »

Il n’existe donc pas, à proprement parler, des règles précises sur le refus des sacrements. D’autant moins que la voie évoquée par le Saint-Père entraîne parfois une disparité de pratiques entre différents diocèses, paroisses voire prêtres, et n’encourage pas les évêques à prendre des décisions claires en ce domaine. L’Église, et ça n’a pas toujours été le cas, est donc actuellement plutôt libérale. Au risque de ne pas encourager les fidèles et les personnes plus éloignées à se convertir franchement. Au risque d’un certain subjectivisme. Au risque, enfin, de faire oublier que l’amour de Dieu appelle une réponse claire de notre part, manifestée par la conversion sans cesse inachevée de nos existences. Mais, ne veut-on pas pouvoir offrir au plus grand nombre la grâce de Dieu ? 

Déclarations fortes de Benoît XVI qui resteront à jamais

Le pape Benoît XVI a souvent su trouver les mots pour dénoncer les travers des sociétés contemporaines ou de l’Église. Ses propos ont aussi parfois entraîné des déconvenues médiatiques et des réactions indignées, parfois même, violentes. Voici dix déclarations fortes du pape allemand. Voici quelques extraits d’un article I.Media – publié le 05/01/23

Un pédophile ne peut pas être prêtre

Beaucoup reconnaissent aujourd’hui l’attitude de Benoît XVI face au scandale de la pédophilie dans l’Église, un fléau que le Pape s’est évertué à dénoncer. Interrogé sur les abus sexuels commis par certains prêtres américains dans l’avion qui le menait à Washington en avril 2008, il s’était dit « profondément honteux » devant ces actes. « Nous exclurons totalement les pédophiles du ministère sacré », avait-t-il alors ajouté

Dans un tel lieu, les mots viennent peu et, au fond, il peut seulement rester un silence sidéré – un silence qui est un cri intérieur vers Dieu : Pourquoi, Seigneur, es-tu resté silencieux ?

Ces paroles ont été prononcées par Benoît XVI au camp d’extermination de Birkenau, en Pologne. C’est « en fils du peuple allemand » que celui-ci était venu ici prier le 28 mai 2006. Cette visite, comme ses multiples signes de dialogue envoyés à la communauté juive, ont inscrit Benoit XVI dans la continuité de Jean Paul II. En outre, du fait de sa nationalité et de son enrôlement contre sa volonté dans les jeunesses hitlériennes, ce voyage avait marqué les esprits. 

L’on est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs.

Durant l’homélie de la messe Pro eligendo Romano Pontifice, à quelques heures du conclave qui allait l’élire, l’alors cardinal Ratzinger s’était distingué par ces mots qui avaient suscité un tonnerre d’applaudissements parmi les cardinaux. Avant même son élection, il donnait ainsi le ton de son pontificat : celui d’un coopérateur de la vérité, sa devise épiscopale. La lutte contre le relativisme rythmera bon nombre de ses futurs discours.

On ne peut pas seulement dépasser ce problème du Sida (…) avec la distribution de préservatifs. Au contraire, ils augmentent le problème.

Cette phrase « choc » du pontife allemand dans l’avion le menant à Yaoundé (Cameroun) le 17 mars 2009 avait  fait réagir de nombreux médias ainsi que des prélats africains. Quelques jours plus tard, le Saint-Siège publia une version allégée de ces propos. La seconde partie de la déclaration du pape, bien souvent coupée, apportait un éclairage à cette déclaration. Pour Benoit XVI, la lutte contre le Sida est « double » : elle passe par « une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain » ainsi que par « une véritable amitié à l’égard, surtout, des personnes qui souffrent, y compris avec des sacrifices et des renoncements personnels ».

Le moment est venu de faire cesser énergiquement la prostitution féminine ainsi que la diffusion de matériel au contenu érotique et pornographique.

En 2011 encore, dans un texte remis au nouvel ambassadeur d’Allemagne, le pape avait  souligné avec vigueur la nécessité pour l’Église de s’engager « sur des questions fondamentales qui concernent la dignité de l’homme ». Outre la nécessité de lutter contre la prostitution, le pontife avait évoqué le respect de toutes les étapes de la vie, un autre sujet qui lui était cher.

Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait.

Sortie de son contexte, cette phrase a provoqué l’une des plus grandes crises médiatiques de l’histoire du Vatican. Le 12 septembre 2006, Benoît XVI était invité à l’université de Ratisbonne pour  s’exprimer sur le thème « Foi, raison et université ». Le pape émérite avait cité ici les propos de l’empereur Byzantin Manuel II Paléologue s’adressant à un interlocuteur persan. Ces mots ne reflétaient pas sa pensée mais s’inscrivaient dans une réflexion plus générale sur le lien entre religion et violence, expliquera-t-il. « Le pape ne veut pas donner une lecture d’interprétation de l’islam dans le sens violent, mais affirmer que dans le cas d’une lecture violente de la religion, nous sommes en contradiction avec la nature de Dieu », avait à l’époque déclaré le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, interrogé suite à la polémique qui avait engendré de graves réactions dans le monde musulman.

Je me suis senti comme saint Pierre avec les Apôtres dans la barque sur le lac de Galilée. (…) j’ai toujours su que dans cette barque, il y a le Seigneur et j’ai toujours su que la barque de l’Église n’est pas la mienne, n’est pas la nôtre, mais est la sienne. Et le Seigneur ne la laisse pas couler ; c’est Lui qui la conduit.

Ces paroles issues de la dernière audience générale du pontife semblent conclure son pontificat sur une note d’espérance. Quelques jours avant d’être élu, le 25 mars 2005, l’alors cardinal Ratzinguer avait délivré une méditation reprenant ce thème de la barque-Eglise, lors du chemin de Croix du Colisée. Ses propos trahissaient son inquiétude. « Ton Eglise nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toute part », écrivait-il, s’adressant directement au Christ.