Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté (Mt 4, 1-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

Méditons

Ce premier dimanche de carême nous montre un enjeu capital de notre foi : combattre le mal dans notre vie en combattant son auteur satan pour entrer victorieux avec le Christ dans la gloire de son Père. Jésus en remportant cette victoire contre satan qui en réalité dans cet évangile a voulu prendre la place de Dieu surtout à la troisième tentation. La créature qui prend la place du Créateur et demande à Celui-ci de se prosterner devant lui. La victoire de Jésus sur satan est après un temps suffisant de jeûne et de prière : quarante jours. Cela nous montre que nous ne pouvons pas vaincre satan dans les tentations sans une vie intime avec Dieu dans le jeûne et la prière. Si chair est faible mais l’esprit est ardent. C’est par la tentation de la chair que satan a eu Eve et Adam : un fruit à manger. C’est par la chair, encore le ventre, qu’il commence ses tentations avec Jésus : ordonne à ces pierres de devenir du pain si tu es Fils de Dieu

.Exercice

Prenons l’engagement de nous enraciner dans la prière et de souvent jeûner pour qu’avec Jésus nous vainquions le diable.

Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs,

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus sortit et remarqua un publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts) du nom de Lévi assis au bureau des impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » Abandonnant tout, l’homme se leva ; et il le suivait.
Lévi donna pour Jésus une grande réception dans sa maison ; il y avait là une foule nombreuse de publicains et d’autres gens attablés avec eux. Les pharisiens et les scribes de leur parti récriminaient en disant à ses disciples : « Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheurs ? » Jésus leur répondit : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs, pour qu’ils se convertissent. »

Méditons

«Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs ». Cette parole s’adresse à ceux ne se justifient comme le font les pharisiens et les scribes. Ils pensent qu’ils sont justes alors que l’Écriture dit: «Nul n’est juste devant Dieu» Rm 3,10 vu l’absence de vérité, de justice et d’amour dans l’humanité. Lévi laisse tout pour suivre le Christ, il quitte son lieu de péché pour se mettre dans un lieu de sanctification autour de Jésus car en présence de Dieu, il nous sanctifie. Lévi qui devient Mathieu, non seulement suit Jésus mais devient apôtre du Christ,annonciateur de la Bonne Nouvelle du salut. Devenir chrétien , se convertir n’est une fin en soi. C’est le début d’un appel à annoncer Dieu aux autres, le manifester, le faire connaître en parlant de lui à ceux qui ne le connaissent pas encore.

Exercice

Que dois-je quitter aujourd’hui pour suivre Jésus ? Quel est mon engagement missionnaire pour le faire connaître ?

« Des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront » (Mt9, 14-15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, les disciples de Jean le Baptiste s’approchèrent de Jésus en disant : « Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. » – Acclamons la Parole de Dieu.

Méditons

Le jeûne est l’un des éléments essentiels du carême. Nous sommes invités à jeûner pour faire pénitence et nous rapprocher de Dieu. C’est une manière de se détacher des choses matérielles ; on s’en détache et on partage. On ne s’en détache pas pour les garder mais pour les donner à ceux qui en ont besoin. Le repas est une expression de fête, un lieu de plaisir. On s’en prive non seulement à cause de nos péchés mais aussi du fait que notre « Amour » Jésus marche vers sa mort.

Toutefois le jeûne que préfère le Seigneur au-delà de la privation de nourritures c’est d’éviter le péché sous toutes ses formes.

Exercice

Je fais attention pendant ce temps de carême pour grandir dans de bonnes habitudes. Prenons un temps de silence pour prier en offrant au Seigneur nos faiblesses

« Celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera » (Lc 9, 22-25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus disait à ses disciples :

« Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. »

Il leur disait à tous :

« Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. Quel avantage un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? »

Méditons

Dès ce deuxième jour de carême Jésus nous amène droit au cœur du combat spirituel et au cœur de ce qu’il a vécu pour notre salut. Aimer jusqu’au bout quoiqu’il en coûte. Il a renoncé à sa propre volonté pour épouser celle du Père et il nous demande de faire de même. Cela coûte pour nous ; c’est un acte de conversion qui nous est ainsi demandé. C’est dur, c’est une croix à porter. La vie chrétienne ne peut pas se vivre dans du coton. Elle vit dans un renoncement permanent aux plaisirs, à la logique du monde pour suivre Jésus.

Exercice

Je cherche dans ma vie des choses auxquelles je dois renoncer pour être vraiment chrétien.

Carême : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (Jl 2, 12-18) – Copy

Première lecture

Maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction : alors, vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu. Sonnez du cor dans Sion : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! Entre le portail et l’autel, les prêtres, serviteurs du Seigneur, iront pleurer et diront : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple, n’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : “Où donc est leur Dieu ?” » Et le Seigneur s’est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple. – Parole du Seigneur. 

Psaume

/Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.
Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.
Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.
Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.

Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. Car il dit dans l’Écriture : Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut. – Parole du Seigneur. 

Évangile

« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6,1-6.16-18)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. » – Acclamons la Parole de Dieu. 

Méditons

Nous savons que le carême est un temps spécial où nous somm s appelés fortement à la conversion « Déchirez vos cœurs et non point vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et
miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment.» La conversion est au cœur du carême. Saint Paul dans deuxième lecture nous demande de nous laisser réconcilier avec Dieu. En d’autres termes il nous demande d’accepter cet appel, cette invitation à la conversion. Ne fermons notre
cœur. Osons avancer, osons profiter de ce temps pour faire le ménage dans notre vie pour une relation plus harmonieuse avec Dieu.

Cette conversion ne peut s’opérer que dans l’humilité et la discrétion à laquelle nous invite l’évangile de ce mercredi des cendres. Humilité et discrétion dans la prière, la charité et la pénitence. Sans l’humilité aucune conversion n’est possible. Demandons-en la grâce au Seigneur en plus des efforts que nous ferons durant ces quarante jours.

18 février : Mercredi des cendres – Sainte Bernadette

Ces cendres sur mon front, elles se voient comme le nez au milieu du visage ! De grâce, n’en effaçons pas la trace dès la sortie de la messe ! Portons bien haut le signe de notre condition pécheresse. D’ordinaire, évidemment, on arbore plutôt avec fierté ses médailles et ses titres de gloire. Mais nous, chrétiens, nous exhibons notre honte et notre humiliation. Des pharisiens font étalage de leurs mérites et de leurs vertus. Ils mettent leurs aumônes en vitrine, affichent leurs jeûnes, plastronnent et se pavanent en prière… Les disciples de Jésus, eux, loin de peaufiner la façade, laissent paraître leur misère. Ils se dépouillent de tous les masques de carnaval et de Mardi gras et se montrent enfin, tels qu’ils sont derrière les personnages qu’ils jouent : à savoir, misérables. Ils n’escomptent pas quelques applaudissements des hommes mais la
miséricorde de Dieu.

NOIR , c’est NOIR

Dans l’Église primitive les pécheurs ne se lavaient pas avant d’avoir achevé leur pénitence (qui pouvait durer dès mois ou même des années !) et reçu l’absolution.Pourquoi une telle coutume si peu hygiénique ? Afin que les pécheurs ne parussent pas plus propres extérieurement qu’ils ne l’étaient intérieurement. S’ils laissaient leur corps crasseux, c’était pour manifester la noirceur de leur âme. Ils ne voulaient pas entendre Jésus leur dire : « Sépulcres blanchis […] : à l’extérieur [vous avez] une belle apparence, mais l’intérieur est rempli d’ossements et de toutes sortes de choses impures » (Mt 23, 27).

BERNADETTE

Le 18 février est la fête de sainte Bernadette, une semaine après celle de Notre-Dame de Lourdes. Lors de ses apparitions, la Vierge immaculée avait invité à la conversion : « Pénitence, pénitence, pénitence » ; tel est le message central de Lourdes, qui consonne si naturel lement à celui du Carême. Le 25 février 1858, la belle Dame avait demandé à la petite bergère d’aller se laver à la fontaine. Bernadette avait gratté la terre et s’était retournée vers la foule qui l’entourait ce matin-là, le visage sali, maculé de boue, de l’herbe entre les dents, aussi immonde que les porcs qui fréquentaient ordinairement à Massabielle la grotte que l’on appelait précisément la « tute aux cochons »… Si la tout innocente jeune fille exhibait ainsi, à la demande de la belle Dame, des signes de déchéance et d’humiliation, combien plus les pécheurs doivent-ils ne pas rechigner à porter sur leur front la cendre, reflet de la noirceur de leur âme et en même temps porte d’entrée dans cette humilité qui attire sur elle la miséricorde de Dieu. Ce noir ostensible sur nos visages
est, en effet, comme le signe qui indique au Seigneur l’âm à visiter, car Dieu s’oppose aux orgueilleux, aux humbles de sa grâce (Jc 4, 6).

Père Guillaume de Menthière

Fraternité Saint-Pie X, la logique d’une rupture devenue existentielle

Comment expliquer l’intention de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) d’ordonner de nouveaux évêques ? Même si les discussions se poursuivent avec Rome, l’abbé Clément Barré, prêtre du diocèse de Bordeaux, y voit l’effet de la logique de rupture dans laquelle la Fraternité s’est structurée dès sa fondation.

Cela se murmurait depuis plusieurs mois, et a été officialisé ce 2 février. La décision de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) de procéder à l’ordination de nouveaux évêques sans mandat romain, semble marquer son refus persistant de retourner à la pleine communion avec Rome. Et ce n’est malheureusement pas une surprise. C’était annoncé, inscrit dans la logique même de son histoire, et d’une certaine manière inévitable. Au-delà des débats liturgiques ou théologiques qui ont souvent occupé le devant de la scène, c’est une question existentielle qui se pose ici, touchant au cœur de l’identité de cette fraternité.

Une logique de rupture

Fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre, la Fraternité s’est construite sur un geste de refus : refus de certaines évolutions postconciliaires, vécu comme un devoir de fidélité. Il faut être juste : la Fraternité existait avant 1988. Mais les sacres épiscopaux de 1988, accomplis sans mandat pontifical, ont constitué un basculement. Ils ont fixé la Fraternité dans l’état où elle se trouve encore aujourd’hui, une réalité durablement structurée par une logique de rupture, au prix d’une condamnation alors immédiate : l’excommunication de l’archevêque et des évêques concernés. 

Dès lors, revenir sur le geste fondateur, ce ne serait pas seulement rouvrir un dossier historique : ce serait consentir à une remise en cause intérieure. Ce serait, au minimum, interroger la décision de Mgr Lefebvre ; mais surtout, c’est accepter de toucher à ce qui donne sens à l’existence même du groupe. À plus ou moins long terme, ce chemin impliquerait aussi une transformation radicale, et peut-être la disparition de la Fraternité telle qu’elle existe aujourd’hui. Puisque, pour ses membres, la défense de la tradition véritable ne peut passer que par la rupture avec « l’Église de Vatican II », sans la rupture originelle, quelle « raison d’être » subsisterait pour une structure qui se pense comme gardienne d’un trésor menacé ? Une institution, par réflexe de survie, peine à agir consciemment en vue de sa propre disparition. Ce réflexe est humain ; il rend aussi tout rapprochement plus ardu. C’est contre Rome que la FSSPX s’est construite et structurée, un ralliement à Rome ne pourrait signifier autre chose que son éclatement ou sa dilution. 

Recevoir son charisme de l’Église ?

En réalité, la situation de la FSSPX n’est pas inédite. Elle évoque celle que connaissent de nombreuses communautés nouvelles créées dans les décennies post-Vatican II comme réponse enthousiaste ou rétive à celui-ci et ayant, presque toute, connu des problèmes divers. Ces groupes partagent souvent des traits communs : une certitude absolue de détenir la voie authentique pour vivre la foi chrétienne, une culture du « nous contre eux » qui isole et protège, l’idée messianique de sauver l’Église de ses errements, et un culte marqué autour de la figure du fondateur. Pour ces communautés aux problèmes multiples, la sortie de la crise et la réconciliation avec l’Église passe par un chemin exigeant : rompre, quand c’est nécessaire, avec l’héritage idolâtré du fondateur, entreprendre un bilan critique honnête, et se déposséder de son charisme propre pour le recevoir pleinement des mains de l’Église. Or, dans le cas de la FSSPX, ce charisme même intègre un refus viscéral de l’autorité légitime, rendant ce processus non seulement difficile, mais apparemment insurmontable.

Une immense tristesse

Cette inévitable décision suscite avant tout une immense tristesse. Tristesse pour l’Église tout entière : une blessure de plus dans un corps déjà éprouvé. Tristesse pour les familles divisées, où certains vivent dans la Fraternité quand d’autres demeurent dans la vie paroissiale « ordinaire » : les liens se tendront, les incompréhensions grandiront, et l’on sait combien ces fractures sont intimes. Tristesse enfin pour les âmes nombreuses, souvent sincères, qui risquent d’être entraînées plus profondément dans un schisme, dont on aura beaucoup de mal à croire qu’il n’est pas pleinement consommé si les « sacres » ont bien lieu. Dans cette peine, les mots d’Origène résonnent avec une gravité intemporelle, comme l’avertissement tragique d’un père : « Que personne ne se fasse illusion, que personne ne se méprenne ; hors de cette maison, c’est-à-dire hors de l’Église, personne n’est sauvé. Si quelqu’un en sort il se rend responsable de sa propre mort. C’est là qu’est le signe du sang car c’est là qu’est la purification qui se fait par le sang » (Homélies sur Josué, III.5). Les discussions continuent avec Rome, prions et implorons l’Esprit d’unité : « Qu’ils soient u

Incendie de Crans-Montana : le pape Léon XIV adresse une lettre en français aux victimes et leurs proches

Un mois après le tragique incendie de Crans-Montana qui a fait 41 morts et 115 blessés, le pape Léon XIV a adressé une lettre en français aux victimes et proches de victimes. «C’est avec émotion que je m’adresse à vous tous qui êtes réunis dans la peine et la douleur (…) Vous avez perdu un être cher, ou bien l’un de vos proches souffre encore – peut-être pour longtemps – de ses blessures qui le marqueront pour la vie», a-t-il déploré en préambule.

Le souverain pontife explique ensuite vouloir «simplement» leur «manifester (s)a proximité et (s)a tendresse, avec celles de toute l’Église qui, par sa présence maternelle désire – autant qu’il est possible – porter avec vous le fardeau, et qui prie le Seigneur Jésus de soutenir votre foi dans l’épreuve». Pour les victimes et familles chrétiennes, le pape a formé le vœu qu’ils trouvent «auprès de (leurs) prêtres et de (leurs) Communautés chrétiennes les secours fraternels et spirituels que vous cherchez pour surmonter la peine et garder courage».

«Rien n’est fini»

Pour les aider à supporter leur douleur et surmonter le «sentiment d’abandon», Léon XIV affirme les confier «à la Vierge Marie, Notre-Dame-des-Douleurs»«(Elle) vous serre sur son cœur et vous invite à regarder avec elle la Croix, sur laquelle son Jésus bien-aimé a souffert lui aussi, et a donné sa vie». Le pape les invite à se reposer sur «l’espérance de revoir un jour ceux que vous avez perdus, l’espérance aussi que, dès ici-bas, se lèvera pour vous un jour nouveau, et que la joie reviendra dans vos cœurs».

«Soyez-en absolument certains, comme l’affirme saint Paul : ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l’avenir, ni les épreuves, ni la séparation, ni la souffrance… rien ne pourra, vous et vos êtres chers, vous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ (cf. Rm 8, 38). Et rien de ce que vous avez vécu de beau et d’heureux avec eux n’est perdu pour toujours ; rien n’est fini !», a-t-il insisté.

«Une affectueuse Bénédiction Apostolique»

Enfin, le souverain pontife confie prier pour que les victimes et leurs proches reçoivent «la force et le courage de persévérer» et demande «au Seigneur le repos de vos défunts et le soulagement de ceux que vous aimez»«Je vous donne de grand cœur une affectueuse Bénédiction Apostolique», conclut-il.

Quinze jours après l’incendie du Constellation, le pape américain s’était mobilisé pour soutenir les survivants et leurs familles. Il avait reçu en audience privée au Vatican une vingtaine de proches de victimes.

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« On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort « 

À l’approche de l’examen par le Sénat du projet de loi sur la fin de vie, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France prend la parole. Dans une tribune publiée le 14 janvier 2026, les évêques appellent à une réflexion profonde sur le sens du soin, de la solidarité et de la dignité humaine.

Dans les prochains jours, le Sénat examinera une proposition de loi instituant un « droit à l’aide à mourir ». Ce débat engage notre société dans ce qu’elle a de plus intime et de plus grave : la manière dont elle accompagne ses membres les plus vulnérables jusqu’au terme de leur vie.

Nous, évêques de France, voulons redire notre profond respect pour les personnes confrontées à la fin de vie, à la maladie grave ou incurable, à la souffrance et à la peur de dépendre des autres. L’Église a une longue expérience d’accompagnement des malades ou des personnes en situation de handicap, des aidants, des soignants, des aumôniers d’hôpitaux ou d’Ehpad, et nous entendons l’angoisse de celles et ceux qui redoutent la douleur, la solitude ou la perte de maîtrise. Nous rencontrons directement cette angoisse, quand des personnes proches, des membres de nos familles, des fidèles de nos diocèses, y sont confrontés et nous la partagent. Ces peurs sont réelles. Elles appellent des réponses humaines, fraternelles, médicales et sociales à la hauteur.

Depuis plus de vingt-cinq ans, la France a fait un choix singulier et précieux : refuser à la fois l’acharnement déraisonnable et la mort provoquée, en affirmant à la fois le droit de ne pas souffrir et le devoir d’accompagner la vie jusqu’au bout. Les lois successives, jusqu’à la loi Claeys-Leonetti et, aujourd’hui, la nouvelle loi en cours d’élaboration pour l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs, dessinent une « voie française » cohérente, reconnue, fondée sur le développement de la culture palliative, la prise en compte de la parole du patient, les directives anticipées et la possibilité de la sédation profonde et continue, non pour donner la mort mais pour soulager la douleur.

Les soins palliatifs sont l’unique bonne réponse aux situations éprouvantes de la fin de vie et nous exprimons ici notre reconnaissance aux élus qui, par leur vote, soutiennent l’actuelle proposition de loi pour l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs. Beaucoup de soignants engagés dans cette voie témoignent que la prise en considération de la personne en fin de vie ou malade, dans sa dimension physique, mais aussi psychologique, relationnelle et, le cas échéant, spirituelle, telle que le proposent les soins palliatifs, entraîne quasiment toujours chez les patients en fin de vie la disparition des demandes à mourir. Car même derrière une demande de mort, c’est souvent le désir de vivre qui se dit. Pour permettre à tous d’accéder aux soins palliatifs, l’Église, qui est déjà présente dans le monde hospitalier et la pratique des soins, est prête à apporter sa contribution au développement de la culture palliative, en intensifiant son engagement sur le sujet.

Dès lors, une question s’impose : pourquoi une nouvelle loi ? Si l’« on meurt mal en France », comme on l’entend parfois, ce n’est pas parce que l’administration d’une substance létale aux patients n’est pas encore autorisée, mais parce que la loi existante est insuffisamment appliquée et que l’accès aux soins palliatifs demeure très inégal sur le territoire national. Aujourd’hui encore, près d’un quart des besoins en soins palliatifs ne sont pas couverts. Comment proposer la mort comme une option, quand l’accès effectif au soin, au soulagement de la douleur (les progrès médicaux permettent de venir à bout de quasiment toutes les douleurs réfractaires), à la présence humaine et à l’accompagnement n’est pas garanti pour tous ?

Légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté changerait profondément la nature de notre pacte social. Derrière des mots qui se veulent rassurants se cache une réalité que le langage tend à dissimuler. Présenter l’euthanasie et le suicide assisté comme des actes de soin brouille gravement les repères éthiques. On détourne les mots de leur véritable sens pour mieux anesthésier les consciences : ce brouillage n’est jamais neutre. On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort.

Nous refusons en particulier l’instrumentalisation de notions essentielles telles que la dignité, la liberté ou la fraternité.

Nous rappelons avec force que la dignité d’une personne humaine n’est pas variable selon son état de santé, son autonomie ou son utilité sociale ; elle est inhérente à son humanité, jusqu’au bout. Elle est inaliénable.

La liberté, quant à elle, ne peut être pensée de manière abstraite, comme si la souffrance, la peur, la solitude ou la pression sociale n’avaient aucun impact sur le discernement.  La demande d’en finir avec la vie n’est-elle pas une demande d’en finir avec une vie qui ne correspond plus aux critères socialement normés : être en bonne santé, utile, valide et ne pas représenter un poids financier a priori lourd ? La liberté ainsi conçue risque de devenir une pression silencieuse, surtout pour les plus fragiles. La liberté de tout individu doit aussi être envisagée dans sa dimension relationnelle : nous sommes interdépendants et les choix des uns engagent les autres. Faire porter un choix de mort à un malade, à une famille, à une équipe médicale formée pour soigner et non pour tuer, c’est nier le mystère de communion qui nous lie les uns aux autres. Paul Ricoeur invitait à « penser à la responsabilité qu’on a des autres, qui sont confiés à notre soin et à notre garde, et pas seulement à la responsabilité qu’on a à l’égard de soi-même. » [1]

Enfin, évoquer une « loi de fraternité » quand il s’agit de faire mourir, de donner la possibilité de s’administrer une substance létale, ou d’inciter un soignant de le faire contre sa conscience, est un mensonge. La fraternité, valeur centrale de notre République, ne consiste pas à hâter la mort de ceux qui souffrent ou à forcer des soignants à la provoquer, mais au contraire à ne jamais abandonner celles et ceux qui vivent ces moments si difficiles et douloureux. La fraternité invite à refuser définitivement la tentation de donner la mort, et, dans le même temps, à s’engager résolument pour développer effectivement les soins palliatifs sur tout le territoire, à renforcer la formation des soignants, à soutenir les aidants, à rompre la solitude et à reconnaître que la vulnérabilité fait partie de la condition humaine.

Aussi, nous appelons solennellement les responsables politiques à mesurer la portée anthropologique, sociale et éthique de leurs débats et de leurs votes. Nous comptons sur la décision personnelle et courageuse de nos élus nationaux. La vie, à toutes ses étapes et jusqu’à la fin, n’est pas une cause que l’on porte comme une autre, avec des idées toutes faites et l’orgueil de nous croire tout-puissants, mais un mystère à accueillir, avec une écoute attentive de ceux que la souffrance transperce et avec humilité : il faut beaucoup d’humilité pour un peu d’humanité.

Notre motivation n’est pas d’abord ni exclusivement confessionnelle. Nous voulons donner un écho à l’inquiétude profonde exprimée par de très nombreuses personnes malades, personnes en situation de handicap, familles ou soignants. Avec cette proposition de loi, ces derniers seraient encore en première ligne et sommés de poser des actes contraires à l’éthique du soin et au pacte de confiance qui les lie aux patients et à leurs familles ou leurs proches. Le risque est grand de mettre à mal la relation de confiance entre le soignant, le soigné, son entourage proche.

Le vote qui se présente aux représentants de la Nation n’engage donc pas seulement un choix individuel, mais un choix de société. Car au-delà de « l’aide à mourir », c’est la question du sens de la vie, de la souffrance et de la mort qui se pose à nous. Une vie humaine, aussi affaiblie soit-elle, peut-elle décemment être considérée comme inutile au point de s’en débarrasser ? Sommes-nous des êtres parfaitement autonomes ou des personnes qui faisons alliance pour prendre soin les unes et les autres ? L’inquiétude humaine aux confins de la mort est-elle une absurdité à effacer ou une condition de notre existence, à soulager et à accompagner ?

Nous croyons qu’une société grandit, non pas lorsqu’elle propose la mort comme solution, mais bien lorsqu’elle se mobilise pour accompagner la fragilité et protéger la vie, jusqu’au bout. Le chemin est exigeant, certes, mais c’est le seul qui soit véritablement humain, digne et fraternel.

[1] Paul Ricoeur, Accompagner la vie jusqu’à la mort, Esprit, mars-avril 2006, p. 320

Les évêques du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France (CEF)

Cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la CEF

Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise et vice-président de la CEF

Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours et vice-président de la CEF

Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque coadjuteur de La Rochelle

Mgr Sylvain Bataille, archevêque de Bourges

Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Nîmes

Mgr Alexandre de Bucy, évêque d’Agen

Mgr Jacques Habert, évêque de Bayeux et Lisieux

Mgr Alexandre Joly, évêque de Troyes

Mgr Laurent Le Boulc’h, archevêque de Lille

Mgr Luc Meyer, évêque de Rodez

Mgr Pierre-Yves Michel, évêque de Nancy

Mgr Didier Noblot, évêque de Saint-Flour

Mgr Laurent Percerou, évêque de Nantes

Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris

Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Sens-Auxerr