Blasphème et Liberté religieuse

Origine des faits

Tout commence le 20 janvier. Mila, 16 ans et originaire de l’Isère, poste des vidéos sur Instagram où elle tient des propos hostiles à l’islam, après qu’un jeune homme de confession musulmane l’a traitée de “sale lesbienne”.

“Je déteste la religion, le Coran est une religion de haine […] Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci au revoir”, peut-on l’entendre dire.

Les images sont enregistrées et massivement diffusées sur Twitter. 

S’en suivent un déferlement de haine et des menaces de mort par centaines. Son identité et son adresse sont révélées. 

Les autorités décident de déscolariser temporairement la jeune fille de son lycée. Un soutien psychologique lui est apporté. Une plainte est déposée.

Que dit la loi ?

C’est la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 qui a définitivement aboli le délit  de Blasphème.

Mais la loi de 1881 fixe quand même certaines limites en prévoyant une peine d’un an de prison et/ou 45 000 € d’amende pour ceux qui « auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison », notamment, d’une religion déterminée. « Il faut distinguer deux choses : d’un côté, la liberté d’expression et, de l’autre, l’incitation à la haine et à la discrimination, indique le professeur de droit constitutionnel Bertrand Mathieu. Dans le cadre de la liberté d’expression, il est possible de critiquer une religion, même en des termes insultants. Cela peut être jugé condamnable sur un plan moral mais pas sur un plan juridique. En revanche, si vous insultez une personne en raison de sa religion, cela peut relever de l’incitation à la haine. »

La liberté religieuse ne se divise pas, le droit de critiquer une religion en fait partie

Editorial de LaCroix du 8 février

Editorial de Guillaume Goubert, La Croix du 8 février

La liberté religieuse ne se divise pas, le droit de critiquer une religion en fait partie

Il y a quinze ans, ce que Ton appelle «l’affaire Mila» n’aurait pas dépassé l’enceinte d’une cour de récréation ou d’un bistrot. Cela se serait terminé dans
le bureau d’un conseiller d’éducation ou, au pire, dans un commissariat. Sous l’empire des réseaux sociaux, les propos orduriers d’une jeune fille sur une religion sont devenus une affaire nationale. Avec des résultats consternants. La jeune fille ne peut plus se rendre en cours et elle vit, avec sa famille, sous protection policière. La ministre chargée de la justice, au lieu de calmer le jeu,
a ajouté de la confusion. Les musulmans sont davantage étiquetés comme vindicatifs. Quel gâchis…

Il faut donc en revenir à quelques notions simples. La liberté religieuse ne se divise pas, et le droit de critiquer une religion en fait partie. Les musulmans sont libres de pratiquer leur religion en France. Ils doivent en accepter la contrepartie, celle d’un jugement sur leur religion. Que le jugement, dans le cas qui nous occupe, soit outrancier et d’une grande vulgarité ne peut en aucun cas autoriser des menaces de mort et, pire encore, la justification de ces menaces par un haut responsable de l’islam de France.

Subir un blasphème est une épreuve pour les croyants. Mais punir le blasphème est dangereux pour les croyants. Les chrétiens du Pakistan, exposés au risque de mort pour tout propos visant l’islam, peuvent en témoigner. La liberté est préférable à la répression. Encore faut-il que les contempteurs d’une religion
acceptent eux-mêmes la critique. Le blasphème est une liberté, ce n’est pas à proprement parler un droit (et encore moins un devoir).
La jeune Mila s’est excusée pour la vulgarité de ses propos. Elle a bien fait.

19 avril 2019 : Vendredi saint. Célébration de la messe de la passion du Christ en l’église Saint Eubert à Vendeville (59), France.

Définition du blasphème pour un chrétien

du grec blapein, « léser, nuire » et pheme « réputation ».
Le blasphème consiste à proférer contre Dieu, intérieurement ou extérieurement, des paroles de haine, de reproche, de défi, à dire du mal de Dieu, à manquer de respect envers Lui dans ses propos, à abuser du nom de Dieu pour couvrir des pratiques criminelles, réduire des peuples en servitude, torturer ou mettre à mort. Le blasphème s’oppose directement au deuxième commandement (CEC 2148). Son interdiction s’étend aux paroles contre l’Église du Christ, les saints, les choses sacrées. Le blasphème est en soi un péché grave (CIC, canon. 1369).
Le blasphème contre le Saint Esprit est le refus délibéré d’accueillir la miséricorde de Dieu par le repentir (CEC 1864).