La gourmandise…un péché…

On connait tous la caricature du moine bien rond, qui aime bien manger… et on ne se prive pas d’en rire ! Les adversaires de Jésus s’y sont aussi trompés : ils accusaient Jésus lui-même d’être glouton. Alors, pourquoi la gourmandise est-elle un problème ?
Théodom

« La gloutonnerie, c’est pas bien ! », c’est ce que tout le monde dit. On connait tous la caricature du moine bien rond, qui aime bien manger… Et on ne se prive pas d’en rire.
Alors, l’acte de gourmandise, on connaît, c’est le fait de “craquer”, de céder au plaisir de manger de bonnes choses… Et pourtant, non, ce n’est pas ça, les choses bonnes sont faites bonnes par Dieu, donc elles sont faites pour être mangées et savourées avec plaisir.
Et en fait, les adversaires de Jésus s’y sont trompés aussi ! Ils accusaient Jésus lui-même d’être glouton ! (Luc 7,34 Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.”).
–    1 – Manger de manière désordonnée
Alors, qu’est-ce que la gourmandise ? C’est manger de manière désordonnée.
C’est la définition de saint Thomas, au XIIIe siècle. De manière désordonnée, ça veut dire quoi ? Ca veut dire soit trop, soit pas assez, en tout cas, pas ajusté à la vertu contraire à la gourmandise. La vertu qu’il faut chercher, c’est la tempérance : c’est à dire la juste mesure guidée par la raison. La gourmandise, c’est le déséquilibre, le manque de mesure.
–    La gourmandise, c’est donc manger mal.
D’abord, c’est manger trop. C’est ce que dit la sagesse biblique, dans cette citation poétique du livre du Siracide (31,20) : « À régime sobre, bon sommeil, on se lève tôt, on a l’esprit libre. L’insomnie, les vomissements, les coliques, voilà pour l’homme intempérant. »
Plus profondément, c’est le fait de se laisser déborder. Se laisser contrôler par son désir de manger. On peut être gourmand à cause de ce qu’on désire manger : manger trop, ou manger quelque chose de trop coûteux vu les circonstances (du champagne à tous les repas).
Et on peut aussi être gourmand à cause de la manière dont on mange : en mangeant tout le temps, ou sans respecter la nourriture ni ceux qui la servent. (Somme Théologique, IIa IIae, Qu. 148, art. 4)
Alphonse de Ligori à l’époque baroque, exhortait même les religieuses à manger sans jamais se plaindre de ce qu’il y a dans son assiette ou de la manière dont cela est préparé. C’est une manière de manger comme si c’était Dieu qui nous servait, en action de grâce continue (La Religieuse, I, 10). Comme disait mon beau-frère on ne dit pas “j’aime pas beaucoup”, on dit ‘c’est pas bon’” / photo du noir dans “Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?”
2 La nourriture comme idole


Alors la gourmandise, c’est juste une question de maîtrise de soi ? Il y a besoin d’une certaine maîtrise, oui. Mais il ne faut pas qu’elle prenne toute la place : il ne faut pas que les règles diététiques deviennent le centre de notre vie. On peut être obnubilé par l’excès de nourriture autant que par l’excès de règles sur la nourriture. D’ailleurs les deux vont souvent ensemble, et on fait le balancier entre les règles qu’on se fixe et les moments où tout se casse la figure. Dans les deux cas, on a mis la nourriture au centre, au lieu de se préoccuper de manger avec cœur !
Ainsi, qu’on aime bien les bonnes choses… ou qu’on suive une diététique stricte, on peut tomber dans le péché de gourmandise. Notre rapport à la nourriture devient peccamineux si manger devient plus important pour nous qu’aimer Dieu et notre prochain. Et ce genre de chose arrive : saint Paul le dit « Ils vont à leur perte, leur dieu, c’est leur ventre ! » (Philippiens 3,19).
Saint François de Sales le dit de manière plus positive : nous ne vivons pas pour manger, mais nous mangeons pour vivre (cité par Alphonse de Ligori dans La religieuse)
Au tout début de sa vie publique, après son baptême, lorsque Jésus est au désert et qu’il jeûne, la première tentation du diable, c’est de le faire manger pour lui faire révéler son pouvoir divin : (Matthieu, 4,3) : « Et, s’approchant, le tentateur lui dit :  » Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains.  » » Le problème ce n’est pas que Jésus mange, c’est le fait qu’il utilise un pouvoir démesuré pour manger. D’ailleurs, les anges lui donnent à manger, après.
La gourmandise est surtout grave par ce qu’elle peut nous faire faire : oublier Dieu et être obnubilé par la nourriture, Oublier de recevoir toute nourriture comme un don.
– 3 Avoir faim de la Parole
Pour Cassien, père du désert dans l’Antiquité, combattre la gourmandise, c’est-à-dire le désir de la bouche, c’est le premier combat à mener contre les 7 vices capitaux. En effet, il ne dit pas péché capital, mais « vice » : il y a une différence, en gros, un péché, c’est une action, un vice, c’est une habitude. (Les Institutions, V, 3)
Alors comment faire ? Eh bien, il dit qu’il n’y a pas une seule recette, parce que nous sommes tous différents : nous n’avons pas le même corps ni les mêmes habitudes, la même force… (V, 5) Mais ce que Cassien indique au moine, c’est de toujours goûter davantage la contemplation de Dieu, de toujours trouver son plaisir en Dieu. Et cela détourne des plaisirs de la bouche (V, 14).
En termes contemporains : on mange de manière désordonnée pour compenser l’absence de saveur de la vie, le stress, que … Pour ajouter un peu de saveur à la vie, rien de tel que la contemplation de Dieu !
Et justement, la réponse de Jésus au désert est magnifique : « Mais il répondit :  » Il est écrit : Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu « . » D’une certaine manière Jésus nous dit que la nourriture spirituelle est aussi importante que la nourriture corporelle.
Et puis justement, apprendre à bien manger, ça peut être une voie pour apprendre à bien goûter l’eucharistie. Pensez un instant à ce que c’est que manger : cette étonnante opération par laquelle j’intègre dans mon corps des choses extérieures. Je les consomme, je les fais disparaître. J’exerce un pouvoir complet sur quelque chose, c’est une expérience rare ! Dans le même temps, je sais que cette nourriture que j’ai, est ultimement un don de Dieu. Je sais qu’en la savourant, je rends grâce à Celui qui l’a mise sur Terre pour moi. Que je bénéficie du fruit de l’attention de ceux qui ont produit et cuisiné cette nourriture.
Je passe alors de l’acte de contrôle sauvage à une prise de conscience de la saveur de ce que je mange, et de la bonté de Dieu pour moi. Concrètement, c’est difficile d’y penser à chaque fois. Le benedicite et les grâces sont une très bonne habitude pour y penser, surtout quand je suis tout seul !
Et maintenant, pensez à l’eucharistie. Si vous avez l’habitude de manger sans réfléchir, le moment où vous communiez sera comme un rappel de votre propre puissance de consommer. Mais Jésus se livre entier à notre pouvoir, et demande que nous mangions son corps ! Est-ce que ça ne vaudrait pas le coup d’apprendre à vivre ce mystère dans l’action de grâce dans notre vie de tous les jours ?
Désirer trop manger vient souvent d’un oubli de désirer Dieu. Sa parole, la relation avec lui, l’eucharistie.
alors… Soyons gourmands de Dieu !