La peine de mort ou le choix de la vie

Le 10 octobre se déroule la 20e édition de la Journée mondiale contre la peine de mort. Cette journée encourage et consolide l’engagement de ceux qui luttent pour que soit abolie, dans les pays qui ne l’ont pas encore fait, la peine de mort, pour tous les crimes. Elle contribue aussi à sensibiliser les responsables politiques et les opinions publiques sur les conditions déplorables de détention des personnes incarcérées dans l’attente de leur exécution. La Journée 2022 veut mettre plus particulièrement en lumière le lien entre la peine de mort et la torture.

« Les tortures et les mauvais traitements subis pendant le long parcours de la peine de mort sont récurrents et variés : torture physique et psychologique pendant l’interrogatoire pour forcer les aveux ; syndrome du couloir de la mort, dans l’attente du verdict et de la date d’exécution, qui contribue au déclin psychologique d’une personne ; conditions de vie difficiles dans le couloir de la mort ; angoisse de l’anticipation de l’exécution une fois que la date a été fixée ; méthodes d’exécution et souffrance vécue par les proches… », lit-on dans le numéro de septembre-octobre 2022 (n°26) de Humains, la revue de l’ACAT.

Le dossier que « le magazine chrétien des droits de l’homme » consacre à la peine de mort et à la torture comprend une belle méditation d’Anne Faisandier. « La peine de mort prononcée sur une personne fait d’elle un mort en sursis au lieu d’un vivant en devenir », souligne-t-elle. La théologienne et pasteure de l’Église protestante unie à Marseille interroge à la lumière de ce que Jésus a subi « ce pouvoir incroyable que s’arroge une société humaine d’enlever sa vie à quelqu’un ». Un pouvoir qui par ailleurs prive le condamné à mort de pouvoir répondre à l’appel de Dieu en faisant le choix de la vie (Deutéronome 30, 19-20).

Ces propos éclairent la décision du pape François de reformuler, au cours de l’été 2018, l’enseignement magistériel sur la peine de mort. Désormais l’article 2267 du Catéchisme de l’Église catholique stipule que « la suppression de la vie d’un criminel, comme punition d’un délit, est inadmissible parce qu’elle attente à la dignité de la personne, laquelle n’est pas perdue même après des crimes très graves ». S’engager en faveur de l’abolition de la peine de mort est ainsi un acte d’espérance : dans les capacités, même chez le pire des criminels, de s’amender et de choisir la vie ; dans nos propres capacités de pardon et d’empathie, y compris à l’égard de nos bourreaux.

Dominique Greiner,
 rédacteur en chef de Croire-La Croix