La sainteté consiste en «beaucoup d’amour quotidien» rappelle François

Le Pape François a célébré ce dimanche 15 mai la messe pour la canonisation de dix bienheureux. Devant près de 50 000 fidèles rassemblés sur la place Saint-Pierre et aux alentours, il a exhorté à se laisser aimer par le Christ et à aimer comme lui, non par des actions héroïques, mais dans le service et le don de soi-même. Les nouveaux saints en témoignent et invitent chaque baptisé à le vivre, selon sa vocation propre.

Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Une place Saint-Pierre fourmillant de groupes arrivés progressivement depuis le lever du jour. Des banderoles agitées dans un air presqu’aussi chaud qu’un mois d’été. Des centaines de prêtres, et des autorités politiques venues de divers pays. Il y a longtemps que l’on avait pas connu cette atmosphère d’effervescence aux abords de la basilique pétrinienne: la dernière messe de canonisation avait été célébrée en octobre 2019, quelques mois avant que la pandémie de covid-19 ne vienne imposer ses mesures de restriction.

Des dizaines de milliers pèlerins ont assisté ce matin à la cérémonie, qui s’est déroulée sous un franc soleil.

Le rite de canonisation des dix bienheureux – cinq religieux et religieuses italiens, un laïc indien, un carme néerlandais, Titus Brandsma, et trois français, Charles de Foucauld, César de Bus et Marie Rivier – s’est déroulé, comme le veut la liturgie, au début de la messe: chant du Veni Creator, Petitio (demande formelle de canonisation adressée par le préfet de la Congrégation pour la cause des saints, le cardinal Marcello Semeraro, au Pape François), litanie des saints, formule de canonisation prononcée par le Saint-Père, suivie du chant de l’Alléluia et du Gloria.

Notre identité: «aimés de Dieu»

Une fois les dix saints inscrits officiellement au «registre des saints», la messe s’est poursuivie avec la liturgie de la Parole, en suivant les lectures de ce 5e dimanche de Pâques. Dans l’Évangile, issu de saint Jean (13, 31-33a., 34-35), Jésus prononce son «commandement de l’amour»: «Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres». Un verset commenté par le Saint-Père dans son homélie.

Tout d’abord, a expliqué François, le Seigneur nous a aimés «jusqu’au bout, jusqu’au don total de lui-même», et cela même à l’heure où Judas l’a trahis. Et «dans l’obscurité et les tempêtes de la vie, c’est cela l’essentiel : Dieu nous aime». C’est là «notre identité» et «notre force: aimés de Dieu», a ajouté le Souverain Pontife.  

Qu’est-ce que la sainteté?

Cette certitude de «l’amour inconditionnel et gratuit de Dieu, que nous n’avons pas mérité» est centrale, a souligné le Pape. «Au début de notre être chrétien, il n’y a pas de doctrines ni d’œuvres, mais l’émerveillement de nous découvrir aimés, avant toute réponse de notre part». Un amour gratuit qui est aussi l’essentiel de la sainteté, contrairement à l’idée que l’on peut s’en faire.

Et François de décrire une sainteté conçue comme un idéal fait «d’héroïsme personnel», un «objectif inaccessible» coupé «de la vie quotidienne». Non, devenir saint, «c’est avant tout se laisser transfigurer par la puissance de l’amour de Dieu. N’oublions pas la primauté de Dieu sur le moi (…), de l’Esprit sur la chair, de la grâce sur les œuvres», a déclaré le Souverain Pontife, regrettant que l’on donne souvent «plus d’importance au moi» et à la chair.

Une force qui transfigure

Cet amour reçu de Dieu «est la force qui transforme notre vie : il dilate notre cœur et nous prédispose à aimer», a poursuivi le Pape, commentant la deuxième partie du verset johannique. 

Il ne s’agit pas seulement d’imiter l’amour de Jésus, mais d’aimer en raison de cet amour «qui nous guérit et nous transforme», qui rend capable d’«accomplir des gestes d’amour dans chaque situation». L’équation est simple: «Tout comme je suis aimé, je peux aimer». 

Vivre cet amour signifie «servir et donner sa vie».

“[«Servir, c’est-à-dire ne pas faire passer ses propres intérêts en premier ; (…) partager les charismes et les dons que Dieu nous a donnés. Se demander concrètement : « qu’est-ce que je fais pour les autres ? » (…) et vivre le quotidien dans un esprit de service, avec amour et sans clameur, sans rien revendiquer».]”

Donner sa vie ne désigne pas une réalité matérielle mais «se donner soi-même», «toucher et regarder la chair du Christ qui souffre dans nos frères et sœurs», a décrit l’évêque de Rome, avant de résumer: «La sainteté n’est pas faite de quelques gestes héroïques, mais de beaucoup d’amour quotidien». Selon son propre état de vie,il faut «toujours regarder Jésus dans les autres», a-t-il encore indiqué.