Proximité du Pape François avec les évêques français en visite ad limina

Au terme de leur visite ad limina au Vatican, les évêques français du 2e groupe (provinces de Paris, Lyon et Clermont-Ferrand) ont rencontré ce jeudi matin le Pape François. L’occasion d’aborder très librement avec le Saint-Père de nombreux sujets et d’obtenir de sa part des éclaircissements sur des questions parfois délicates comme l’application du motu proprio Traditionis custodes ou les abus sur mineurs.

Xavier Sartre – Cité du Vatican

Deux heures et demi d’entretien, de questions réponses entre le Pape François et les évêques, sans filtre et sans cérémonie. «Ce qui intéresse le Pape c’est de discuter avec nous» constate Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, frappé par la «proximité» du Saint-Père lors de ce «temps fraternel et paternel». Mgr Olivier de Germay, archevêque de Lyon, apprécie «l’équilibre» entre ce qui est de la responsabilité du Pape et ce qui est de celle des évêques : «cela, c’est à vous de trouver la réponse», précise-t-il.

C’est le cas notamment dans l’application du motu proprio Traditionis custodes sur le rite ancien qui restreint l’usage de la messe selon le missel de 1962. «Le Pape veut rappeler l’unité de l’Église et combattre une idéologie» affirme Mgr Aupetit qui explique que François, par exemple, ne voit pas d’inconvénient à ce que le même prêtre célèbre la messe selon les deux rites dans une paroisse de Paris, comme c’est le cas depuis de nombreuses années. «Les décisions ne seront pas toutes les mêmes selon les diocèses, mais sur les lignes directrices, le Pape a été très clair» poursuit-il.

Une clarté appréciée par Mgr de Germay : «cela m’a éclairé» précisant que le Pape avait lancé un processus et que «tout ne pouvait pas être réglé en quelques clics»«Le rôle de l’évêque est valorisé et reconnu. Je me sens rassuré et serein» reconnait Mgr François Kalist, archevêque de Clermont-Ferrand.

Intégrer les migrants

Même sentiment concernant la question des migrants sur laquelle le Saint-Père revient souvent depuis le début de son pontificat. «Il nous renvoie toujours au parti-pris de l’Évangile et à son impératif : accueillir les frères qui souffrent. Le Pape nous le rappelle de manière très rigoureuse» souligne Mgr Kalist. Et sur ce thème, la position de François n’est pas de «l’idéologie» mais le fruit de ce qu’il connaît directement.

Mgr Aupetit ajoute que le Saint-Père a insisté sur le fait qu’il était «nécessaire d’intégrer les migrants», des propos importants dans la mesure où le Pape ne le dit pas souvent. «La clé est vraiment l’intégration», poursuit Mgr Denis Jachiet, évêque auxiliaire de Paris. «Il n’a pas dit “que la France accueille tous les migrants qui veulent entrer“, non, il a dit que c’est à chaque gouvernant de déterminer à quel degré le pays est capable d’intégrer les personnes en migration qui arrivent chez lui. Il a fait appel à notre responsabilité à nous en tant que pasteurs mais aussi à nos gouvernants».

Abus : faire la vérité

À quelques jours de la remise du rapport Sauvé sur les abus commis au sein de l’Église de France, le 5 octobre, la question des abus n’a pas été ignorée. «L’important pour le Pape c’est de faire la vérité, il faut accepté qu’il y a du péché dans l’Église» rapporte l’archevêque de Paris. «Il faut voir ce qui dans le fonctionnement de l’Église peut conduire à ces comportements» ajoute le primat des Gaules. Et quand le Pape parle d’abus, il pense à toutes les formes d’abus, précise l’archevêque de Clermont-Ferrand. «C’est à une conversion de l’Église que le Pape appelle» poursuit-il.

Autre dossier d’actualité, le synode sur la synodalité dont le processus doit être lancé au niveau diocésain en octobre. «“Il faut se méfier des contrefaçons“, a-t-il mis en garde, rapporte Mgr de Germay. L’idée du Pape est de se mettre à l’écoute de tous, y compris ceux à qui on ne donne pas la parole, comme les pauvres. On doit se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint ensemble, c’est cela le changement». Ce synode et le chemin qui y mène doivent être ainsi l’occasion «d’exercer un discernement dans l’Esprit Saint, doivent être l’occasion d’une ouverture du peuple de Dieu à l’imprévu» rebondit Mgr Kalist, qui regrette toutefois une certaine «disparité» entre «les ambitions qui sont louables et la réalité» : «quatre mois c’est insuffisant» considère-t-il.

Entretien avec Mgr Jachiet, évêque auxiliaire de Paris sur la rencontre avec le Pape