Après la conquête de l’Afghanistan par les talibans, prions pour ce pays et ses habitants

image par Françoise Foliot — Collection particulière Wikimédia France, Paris,

La conquête de l’Afghanistan par les talibans est une tragédie de plus dans l’histoire de ce pays et un événement politique majeur pour la paix dans le monde.
La Conférence des évêques de France invite les catholiques et plus largement, tous les hommes et les femmes de bonne volonté, à prier pour ce pays et ses habitants, en particulier pour celles et ceux qui seront le plus menacés par ce nouveau pouvoir et par l’idéologie qu’il porte. Nous pensons notamment aux femmes, aux jeunes filles, à tous ceux qui portaient, jusqu’à ce jour, la voix de la liberté, de la dignité humaine et des droits de l’homme, et aux chrétiens de ce pays. Nous prions pour que l’Afghanistan puisse se construire dans le respect des personnes, hommes, femmes et enfants et de leurs droits, en particulier celui de la liberté religieuse.
Nous nous réjouissons de l’engagement du Président de la République à ce que les Afghans ayant aidé la France et ses forces, soient accueillis sur notre sol national et qu’il leur soit offert de s’intégrer à notre nation autant qu’ils le souhaiteront.
Nous voulons nous souvenir tout spécialement des soldats français qui ont donné leur vie sur le sol afghan afin de protéger notre pays du terrorisme, mais aussi pour servir la paix auprès de la population afghane. Nous pensons particulièrement à leurs familles aujourd’hui.
La Conférence des évêques de France invite à ne pas oublier dans la prière les autres pays en guerre civile comme l’Éthiopie, si cruellement déchirée, le Liban, en recherche d’un nouveau système politique et en grande crise économique et sociale, et Haïti, qui a besoin de l’aide de tous.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort,
archevêque de Reims,
Président de la Conférence des évêques de France

Téléchargez le communiqué en PDF

Ceci peut vous intéresser: Peur et incertitudes chez les Afghans après la chute de Kaboul

Le retour des talibans au pouvoir en Afghanistan suscite la peur chez beaucoup d’Afghans, et principalement chez les femmes qui craignent le retour du carcan que les fondamentalistes leur avaient imposé entre 1996 et 2001, lors de leur première expérience au pouvoir. L’incertitude sur l’avenir et sur la manière dont les talibans vont gouverner est également très prégnante.

Vatican news Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Les Afghans sous le choc

De son expérience de dix années en Afghanistan, entre 2000 et 2010, Charlotte Dufour, consultante indépendante sur les systèmes alimentaires, qui collabora à l’époque avec différentes ONG et institutions internationales comme la FAO, a gardé de nombreuses amitiés dans le pays. Depuis plusieurs jours, elle est en contact permanent avec les hommes et surtout avec les femmes avec qui elle a notamment travaillé. Tous lui ont confié leurs peurs et leurs incertitudes quant à leur avenir et celui de leur pays.

Les Afghans sous le choc

«Certains sont menacés directement de par leur appartenance à une minorité ethnique ou religieuse, ou de par le fait que ce sont des femmes qui ont beaucoup œuvré pour l’amélioration des conditions de vie des femmes, confie Charlotte Dufour. D’autres sont résilients – enfin, ils sont tous résilients ! – gardent leur calme et disent ‘‘on reste, on essaie de construire sur l’existant’’. Je pense qu’il y a beaucoup d’interrogations : est-ce que les discours tenus par les Talibans seront réels ?» s’interroge-t-elle. Or, «la réalité sur le terrain est plus contrastée : on voit beaucoup de violence, de menaces».

Les contacts de Charlotte Dufour lui racontent avoir peur de voir «des voitures avec des talibans armés circuler sous leurs fenêtres», lui décrivent la ruée sur les banques pour retirer ses économies dans la crainte de ne plus y avoir accès. Ils lui expriment «le choc» de l’arrivée soudaine des fondamentalistes à Kaboul et préfèrent se cacher en attendant de voir comment la situation va évoluer.

Les risques pour les femmes

Les risques pour les femmes

Les femmes craignent «les intimidations, les représailles» mais ce qui domine, c’est la peur de l’inconnu et le sort des jeunes filles qui dans certaines régions du pays déjà sous la coupe des talibans sont mariées de force. Pour celles qui ont connu la domination des fondamentalistes entre 1996 et 2001, il y a «la peur de devoir rester chez elles, à ne plus avoir de mobilité, à ne plus avoir accès à l’éducation, à l’emploi». Lors de ce premier régime, Charlotte Dufour, qui était présente sur place, se souvient que la population vivait dans «la peur constante», y compris les hommes qui pouvaient se faire battre pour une barbe trop courte, ou pour être en retard à la prière à la mosquée.

Face aux risques qu’encourent les femmes et les jeunes filles, «la communauté va devoir être extrêmement présente, être vraiment là, à l’écoute, à leur côté ; les médias ont un rôle très important de témoins, de relais pour faire le maximum afin de préserver au mieux les acquis en matière de conditions de vie de la femme», estime la consultante.

Dans ce contexte, conclut Charlotte Dufour, «c’est important de penser et de prier pour les Afghans. L’Afghanistan est aussi un pays de lumière, les Afghans sont des personnes extrêmement courageuses, résilientes qui malgré tout, restent prêtes à agir et à être solidaires les uns envers les autres».

Entretien avec Charlotte Dufour, consultante alimentaire sur les femmes à Kaboul