PMA. La Conférence des évêques de France appelle les citoyens « inquiets » à manifester

Le président de la Conférence des évêques de France a estimé, lundi 16 septembre, que les citoyens « inquiets » du projet de loi bioéthique qui prévoit notamment l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, y compris les couples homosexuels, devaient manifester lors de la journée de mobilisation contre ce texte le 6 octobre prochain.

Le président de la Conférence des évêques de France Eric de Moulins-Beaufort, qui est également archevêque de Reims, a estimé lundi que les citoyens, catholiques ou non, « inquiets » du projet de loi bioéthique, avaient « le devoir » de manifester le 6 octobre, journée de mobilisation contre ce texte.

« Personnellement, je ne vois pas comment nous pourrions empêcher des citoyens, catholiques ou non, inquiets de ce projet de loi, de manifester s’ils pensent que c’est un moyen utile pour se faire entendre », a-t-il déclaré à la presse, à l’issue d’une conférence sur le projet de loi organisée par la CEF au Collège des Bernardins à Paris.

« Devoir » de manifester

« J’aurais tendance même à dire qu’ils ont le devoir de le faire », a-t-il ajouté. « J’approuve le fait que des citoyens français manifestent qu’ils sont inquiets de ce que le projet de loi prévoit », a-t-il encore dit, en précisant toutefois que « nous l’Église n’organisons pas la manifestation »« Ce n’est pas notre manière d’agir », a ajouté l’archevêque de Reims qui ne sera pas à la manifestation le 6 octobre.

Le président de la Conférence des évêques de France a détaillé « ce qui (les) inquiète et ce qui (les attriste) » dans ce projet de loi : « Nos responsables politiques, les parlementaires ou une grande partie d’entre eux, restent aveugles aux défis, aux enjeux de ce qu’ils vont décider parce qu’ils sont fascinés par les promesses de la technique médicale et de la technique juridique », a-t-il lancé.

« Une procréation livrée à la manipulation médicale »

Avec l’examen du texte par les députés à partir du 24 septembre, il a mis en garde contre une « procréation livrée à la manipulation médicale », une « filiation (livrée) au bricolage que la sophistication de notre société est capable d’imaginer ».

ll a aussi pointé du doigt le risque d’une dérive vers un « eugénisme libéral », d’un « marché » de la procréation, d’inégalités entre enfants ayant la possibilité de connaître leur géniteur et ceux qui ne le pourront pas, ou encore l’« élargissement du cadre (des) expérimentations sur les embryons »… L’archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit, médecin, a pour sa part dénoncé l’évolution du rôle dévolu à la médecine.

Une vingtaine d’associations dont La Manif pour Tous ont appelé à défiler le 6 octobre contre le projet de loi qui prévoit notamment l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules. Le projet, adopté en commission dans la nuit de vendredi à samedi, prévoit aussi une réforme de la filiation et de l’accès aux origines. Ce texte sera examiné dans l’hémicycle par les députés à partir du 24 septembre.

L’épiscopat a résumé ses positions en forme d’« interpellations », adressées notamment aux parlementaires, dans un ouvrage « Bioéthique, quel monde voulons-nous ? »paru lundi et rédigé par Mgr Pierre d’Ornellas, chargé de ces questions à la CEF, présent lui aussi à la tribune des Bernardins. 

L’épiscopat tente de « prendre place dans le débat pour se faire entendre », un « défi » pour lui dans la mesure où « le gouvernement pousse deux sujets à la fois – la bioéthique et les retraites – pour ne pas laisser le sujet bioéthique seul, comme cela avait été le cas en 2013 avec le mariage pour tous », décrypte un membre du clergé. « Ça va être compliqué pour l’Eglise catholique de faire entendre une voix au moment où l’opinion est plus intéressée par les sujets sociaux », renchérit cette source.

D’après Journal OUEST-FRANCE