Que signifie Jésus « Fils de Dieu » ?

La réponse de Mgr André Dupleix

Mgr André Dupleix

Jésus est appelé, dès les premières expressions de la foi « Fils de Dieu ». Le fait de nommer Jésus « Fils » appartient à la plus ancienne et permanente tradition sur laquelle s’appuie la foi des chrétiens. Le signe de la croix le traduit bien par la formule qui l’accompagne : Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Plus de cent vingt fois présente dans le Nouveau Testament (sous la forme « Fils » ou « Fils de Dieu ») cette appellation appartient-elle, sans plus, aux différents titres de Jésus, Messie, Seigneur, Fils de l’homme, rabbi ? Ou bien son contenu va-t-il beaucoup plus loin, au point de fonder tout ce qui sera dit par ailleurs sur Jésus le Christ ?

Dans les Évangiles
L’évangile de saint Marc encadre son témoignage de deux affirmations explicites : Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ « Fils de Dieu » (Marc 1,1)… « Vrai­ment cet homme était le Fils de Dieu » (Marc 15,39). Saint Jean fera dire au Baptiste à l’ouverture de son évangile : « J’atteste qu’il est lui, le Fils de Dieu » (Jean 1,34). Nous savons d’autre part que dans le quatrième évangile, Jésus parle de lui en utilisant l’expression « le Fils » (Jean 3,35). Dans saint Matthieu, Pierre affirme lors de la confession de Césarée : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16, 16). Chez saint Luc, dans le récit majeur de l’Annonciation, l’ange dit clairement : « celui qui va naître sera saint et sera appelé « Fils de Dieu »  » (Luc 1,35).

Dans les récits communs du Baptême de Jésus (Marc 1,9-11) ou de la Transfiguration (Marc 9,2-10) qui représentent pour les évangélistes des moments-clé, l’appellation « mon Fils bien-aimé » apparaît comme un trait de lumière éclairant la véritable personnalité du Maître de Nazareth.

« Fils de Dieu », bien plus qu’un titre
« Fils de Dieu » est bien plus qu’un titre : il exprime la réalité de toute la vie de Jésus dont la résurrection va mettre en évidence le rôle central pour l’histoire de l’humanité que Dieu veut sauver (I Tim 2, 4). Jésus sera progressivement perçu comme celui entre les mains de qui le Père a tout remis (Jean 13, 3). On utilisera donc, appuyé sur son propre témoignage faisant apparaître un lien privilégié et unique entre Dieu et lui, l’appellation de « Fils » déjà diversement employée dans l’Ancien Testament pour les rois, le peuple choisi et même les fidèles. « Fils » étant aussi l’expression susceptible d’indiquer au mieux le rapport d’amour et de confiance, l’origine et l’avenir, l’union la plus profonde en même temps que la différence.

Ce terme analogique -malgré son insuffisance pour indiquer le fond de la relation entre Dieu et Jésus- lui sera cependant réservé désormais. Il s’imposera comme le seul capable de traduire l’identité profonde de Jésus en qui habite la plénitude de la divinité (Colossiens 2,9).

« Fils de Dieu » est bien plus qu’un titre. Il manifeste également toutes les conséquences de la filiation divine dans l’existence et dans la lutte pour la justice et la recherche de la paix.

Participer à cette filiation à notre mesure c’est devenir, comme le Christ, acteurs de libération et témoins de l’amour et de la lumière, signes du Dieu de l’alliance éternelle et porteurs d’espérance.