La recherche, la PMA et le marché

Editorial, par Jeanne Emmanuelle Hutin, Ouest-france 28/07/2019

La recherche, la PMA et le marché

Cette semaine, le gouvernement a lancé la révision des lois bioéthiques. L’Assemblée nationale et le Sénat en débattront à l’automne. Il est essentiel que les parlementaires aillent au fond de l’objet de cette loi, sans esquive ni sectarisme mais avec discernement et respect.

Il s’agit, en effet, d’un projet de loi très important. Car il touche aux fondements de notre société, à la structure de la filiation, à la vision de l’homme et à sa protection. Le progrès est érigé en arbitre mais il ne peut être assimilé aux seules découvertes scientifiques et techniques. Car, une découverte n’est ni bonne ni mauvaise en soi, mais selon l’usage qui en est fait.

Aujourd’hui, ces découvertes concernent surtout l’être humain lui-même, d’où l’importance de les encadrer éthiquement pour éviter les dérives. Ainsi, la Chine assure avoir fabriqué une chimère, en mélangeant des cellules humaines et animales. Cela pose de graves questions sur les limites de la science !

La tradition des lois bioéthiques françaises protège la personne d’expérimentations hasardeuses. Elle pose aussi l’interdit de la marchandisation du corps. Le principe selon lequel l’être humain est une fin en soi et ne peut jamais être considéré comme un moyen, guide cette éthique. Ce principe sera-t-il confirmé ou remis en cause ?

La procréation médicalement assistée, la PMA, est au centre de cette tension.

Cellules-souches

Sur le plan scientifique, une partie des chercheurs demandent que soit facilitée l’expérimentation sur les cellules-souches embryonnaires. Ils espèrent trouver des remèdes. Ce projet de loi prévoit d’élargir la recherche sur l’embryon et de la faciliter sur les cellules-souches embryonnaires dans le cadre de la PMA. Aussi, plus la PMA se développera, plus ce type de cellules sera disponible pour la recherche.
C’est aussi un résultat escompté de son élargissement. De plus, en proposant d’ouvrir la PMA aux couples hommes – femmes, comme le fait l’avis du Conseil d’État, on fait miroiter le rêve du « bébé parfait », renforçant ceux qui réclament la sélection des embryons. Imperceptiblement, on glisserait vers l’eugénisme.

Les intérêts marchands sont à l’affût. Dans certains pays, on peut acheter cellules, embryons… ! Enquêtes et ouvrages se multiplient pour dénoncer ce business de la procréation. L’extension de la PMA rapprocherait la France de ce qui se fait ailleurs. Même si la Loi se défend d’ouvrir cette porte, on voit mal comment on pourra résister longtemps à ces intérêts puissants. Car, « avec la PMA, on crée le rêve de l’enfant sur commande », explique Sylviane Agacinski au Point.

On le voit, la recherche et le marché, pour des raisons différentes, cherchent à entrer dans le champ de la conception humaine. Dans ce cas, leurs intérêts se rejoignent pour étendre la PMA hors du champ médical. Le désir d’enfant, d’où qu’il provienne, ne saurait en être le prétexte ni masquer un basculement aussi grave. En travaillant à la lumière des principes humanistes, nul doute que députés et sénateurs sauront faire preuve d’indépendance pour protéger les personnes de ces intérêts.

Quant au débat parlementaire, «j’espère qu’il sera serein et aussi approfondi et que ceux qui discuteront certaines dispositions ne vivront pas sous la terreur de ne pas apparaître progressistes ou de passer pour “homophobes”». Mgr Eric de Moulins-Beaufort

Réflexions de Mgr Eric de Moulins-Beaufort

«On veut répondre au désir de certaines femmes d’avoir un enfant en organisant une procréation sans père. Et d’un autre côté, on veut prendre en compte le désir des enfants nés ainsi de rencontrer leur père qui n’est pas qu’un fournisseur de gamètes»

«Il semble qu’à chaque révision de la loi, les encadrements sautent, que les précautions qui avaient été prises la fois précédente sont rabotées», estime Mgr Éric de Moulins-Beaufort. «Il n’y a pas si longtemps, certains – dont le premier ministre – étaient contre la PMA pour les femmes seules et ont changé d’avis»

Paroles tirées d’une interview dans la Croix (25/0//2019)