Courons en Avent !

Nous voici, “voyageurs infatigables et décidés”, en marche vers Noël. L’homélie de l’Avent du Bienheureux Guerric, second abbé de l’abbaye cistercienne de Notre-Dame d’Igny, est un encouragement à ne jamais perdre de vue le but de notre marche : courir “dans la voie des commandements de Dieu, comme un géant que rien n’épouvante”. Alors bien sûr, dimanche, vous ferez la crèche et décorerez le sapin, allumerez la première bougie de la couronne de l’Avent, et vos enfants ouvriront la première fenêtre de leur calendrier. Mais vous, vous n’oublierez pas que préparer les voies du Seigneur se fait chaque jour et “que la bonté de l’être vers lequel vous vous avancez n’a pas de bornes”. Sur cette route, Croire vous accompagne fidèlementBon Avent à tous !

Ce temps manifeste une triple attente, d’une « triple venue du Christ », expliquait saint Bernard. « Il est venu d’abord dans la chair et la faiblesse ; puis, dans l’entre-deux, il vient en esprit et en puissance ; enfin il viendra dans la gloire et la majesté », développait-il. L’Avent fait ainsi revivre l’attente du peuple juif de la venue du messie attendu depuis le péché originel. L’espérance de cet avènement s’incarne dans plusieurs figures bibliques. C’est le « Prince de la Paix » dont parle Isaïe, qui exprime l’espérance messianique et les désirs de son peuple ; « l’Agneau de Dieu » tel que le désigne Jean Baptiste, le « précurseur », qui annonce la venue proche du messie et invite à un baptême de conversion pour s’y préparer.

L’attente pendant l’Avent est ainsi un appel à veiller. « C’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil », souligne saint Paul dans la deuxième lecture de ce premier dimanche de l’Avent (Romains 13, 11-14). Un appel qui souligne la deuxième attente de l’Avent : le règne du Christ dans nos vies aujourd’hui, si l’on s’y prépare et que l’on est prêt à l’accueillir. Enfin, ce temps a aussi une dimension eschatologique, il est aussi celui de l’attente de l’avènement du Christ parmi les hommes à la fin des temps. « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient », prévient le Christ dans l’Évangile de ce dimanche (Matthieu 24, 37-44).

Le moment de la prière silencieuse

« Tous prophètes ! »

L’enfant vient. Un grand prophète va se lever parmi nous. Mieux qu’un prophète ! Jésus bébé n’est pas seulement le messager d’une Parole divine, comme le furent les prophètes de l’ancien temps. Il est la Parole ! Le Verbe fait chair… La bonne nouvelle qu’il nous annoncera dans la crèche, d’ici quatre semaines, est incroyable : Dieu est avec nous ! Désormais, nous ne serons plus jamais seuls.
En devenant un bébé, Dieu nous engage à être nous aussi des prophètes. Déjà dans la Bible, le livre des Nombres, vieux de vingt-six siècles, rêvait que tous les croyants deviennent prophètes ! (Nombres 11, 29). Par notre baptême, nous sommes tous institués prophètes, c’est-à-dire aptes, chacun à sa manière, d’annoncer la bonne nouvelle : Dieu vient parmi nous pour nous guérir.
Oui, à partir de cet avent, devenons prophète de cette brûlante actualité : Dieu est là, près de chacun.


Pour nous faire entrer dans le mystère de notre vocation de prophète, une dominicaine et trois dominicains méditent avec nous l’évangile de l’avent. Le fr. Rémi Chéno, du couvent du Caire, le fr. Xavier Loppinet, prieur du couvent de Rennes, le fr. Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran en Algérie, la sœur Marie Monnet, de Bruxelles, nous font découvrir comment être prophète par nos engagements, nos paroles, nos gestes.


A tour de rôle, chaque samedi, un écrivain nous déroulera ce qu’est pour lui un prophète et comment être prophète : Denis Tillinac, romancier et chroniqueur, Elisabeth Bourgois, romancière et metteur en scène, le fr. Adrien Candiard, l’un des plus fameux auteurs d’ouvrages de spiritualité aujourd’hui en France.
Exceptionnellement cette année pour Avent dans la villeun chœur de grande qualité a été créé ! Chœur dans la ville nous offrira chaque mardi une prière de louange qui célébrera l’élan prophétique que l’Esprit-Saint met dans notre cœur.
Enfin chaque jour, pour nous accompagner, un jeune, une femme, un vieux monsieur, un membre des Equipes du rosaire, un évêque (dominicain !) aux Antilles nous dirons qui est prophète aujourd’hui, comment ils essaient d’être prophètes, ce que le monde attend des chrétiens.
Cette année, vous allez vivre un temps de retraite exceptionnel avec Avent dans la ville. Riches de ces témoignages, de cette prière, de ces méditations, vous pourrez oser être libres, joyeux et rayonnants… c’est-à-dire des prophètes de Jésus-Christ !


frère Philippe Verdin

fr. Philippe Verdin
fr. Philippe Verdin

Dominicain depuis 1993. Il est aumônier national des Associations Familiales Catholiques (AFC), éditeur aux Editions du Cerf, responsable d’Avent dans la ville et de Dimanche dans la ville.

Pour Mgr Michel Aupetit, « la censure existe bel et bien en France »

Les faits 

Dans un entretien donné au quotidien suisse « 24 heures »,paru lundi 25 novembre, Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, met en garde contre l’état du débat en France. Il évoque également les tensions récentes sur la laïcité et fait le point sur le chantier de Notre-Dame de Paris.

Opposant résolu au projet de révision des lois de bioéthique, comprenant notamment l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes, Mgr Michel Aupetit n’a pas l’intention de se taire. Dans un entretien au quotidien suisse 24 heures, paru lundi 25 novembre, l’archevêque de Paris assure que « les dés ne sont jamais jetés ! ». « La loi passe ? Et alors ? La question est de savoir si nous sommes capables de dire une parole et si cette parole est fondée, affirme l’ancien médecin. Si la parole est fondée, la loi peut passer, mais elle ne demeurera pas. »

« Avec la PMA, on crée le rêve de l’enfant sur commande »

Mgr Aupetit se montre particulièrement critique sur le débat autour des questions bioéthiques. Interrogé sur l’annulation d’une conférence à l’université Bordeaux-Montaigne (UBM) de Sylviane Agacinski qui ne fait pas mystère de son opposition à la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules et à la gestation pour autrui (GPA), l’archevêque de Paris parle de censure.

Mgr Aupetit critique la méthode d’Emmanuel Macron

« La censure, contrairement à ce qu’on raconte, existe bel et bien en France, puisque quelqu’un qui pense autrement que la pensée majoritaire ne peut pas s’exprimer dans des lieux publics. Si on pense autrement, on est taxé de réactionnaire, d’homophobe… », assure-t-il.

« Discréditer le discours des autres en refusant d’entrer dans un dialogue intelligent fondé en raison, c’est de la censure, je suis désolé. Une censure indirecte, mais une censure quand même », insiste Mgr Michel Aupetit, égratignant par la même occasion la méthode d’Emmanuel Macron qui, selon lui, ne tient pas compte des voix discordantes.

Le chantier de Notre-Dame en question

Par ailleurs, l’archevêque de Paris a évoqué les tensions récurrentes en France autour de la question du voile. Il voit dans ce signe extérieur « le signe d’une fragilité, le besoin d’exprimer son identité ». Pour lutter contre le repli communautariste, il défend l’idée de créer des « lieux de fraternité » dont fait partie l’Église. En revanche, il se refuse à parler de « christianophobie » en France, ne souhaitant pas jouer le jeu de la « victimisation systématique »« Quand on se victimise, on se durcit, on forme un petit groupe dans une forteresse », plaide-t-il.

©PHOTOPQR/LE PARISIEN/OLIVIER BOITET ; PARIS ( 05.11.2019 )

Dans l’entretien, l’archevêque de Paris fait également le point sur le chantier de Notre-Dame. Il explique ne pas savoir « combien les travaux vont coûter ni combien de temps cela va durer »« Au mois de juin, il y aura déjà 85 millions de dépensés, avant même d’avoir commencé la reconstruction », souligne-t-il. Sur le débat controversé de la flèche, il se fait diplomate : « Si la flèche est à l’identique, ça me va tout à fait. Si elle n’est pas à l’identique, à condition que ce soit digne et respectueux, je ne suis pas contre. » Mgr Michel Aupetit est plus catégorique concernant la possibilité de faire payer l’entrée de la cathédrale, une éventualité qu’il rejette fermement.

Avent : quel sens ?

Qu’est-ce que signifie l’Avent ? Cette période, qui ouvre l’année liturgique, prépare les croyants à la célébration de la grande fête de Noël

L’Avent, c’est d’abord un chemin proposé durant quatre semaines. Comme l’indique l’origine du mot lui-même, elle annonce une “venue”, un “avènement”, qui marque l’histoire de l’humanité. En l’occurrence celle du “Prince de la Paix” dont parle le prophète Isaïe, de “l’Agneau de Dieu” tel que le désigne Jean-Baptiste…

L’Avent, c’est d’abord un chemin proposé durant quatre semaines. Comme l’indique l’origine du mot lui-même, elle annonce une “venue”, un “avènement”, qui marque l’histoire de l’humanité. En l’occurrence celle du “Prince de la Paix” dont parle le prophète Isaïe, de “l’Agneau de Dieu” tel que le désigne Jean-Baptiste…

Avent 2019  : 3 regards sur Noël

Durant l’Avent, recevez chaque jour gratuitement un e-mail, qui vous propose de méditer sur le mystère de l’Incarnation avec trois grandes figures spirituelles  : le Brésilien Dom Helder Camara, Thérèse de Lisieux et le Cardinal Newman, qui vient d’être canonisé. Découvrez le récit de leur vie, méditez sur leurs beaux textes en écoutant une musique inspirante.

Comprendre la fête du Christ Roi

Chrétiens du vingt-et-unième siècle, démocrates et républicains pour la plupart, nous sommes tentés de trouver le titre de Christ Roi désuet et dépassé ! Quel sens peut-il avoir aujourd’hui ?

Une étrange royauté

Elle se démarque des modèles humains passés ou présents… D’ailleurs, Jésus n’a jamais revendiqué le titre de roi terrestre : “Ma royauté ne vient pas de ce monde”. Il est venu pour servir, non pour être servi. A Pilate qui le presse de questions, Jésus répond : “Tu l’as dit, je suis roi…” en précisant naturellement de quelle manière, ce qui ne fait qu’accroître la perplexité du procurateur.

L’évangéliste Jean nous fait percevoir l’aspect paradoxal de cette royauté du Christ en présentant les événements de la Passion comme un cérémonial inédit d’investiture. Jésus est revêtu d’un manteau de pourpre ; il est couronné d’épines et assis sur une estrade. La croix est le lieu de l’élévation où Jésus “attire tous les hommes à lui” (Jean 12, 32).

Quelle tentation dangereuse pour l’Église de tous les temps de se compromettre avec le pouvoir politique pour mieux promouvoir le règne de la religion !

Un royaume de fils

Le Royaume du Christ ne “vient pas de ce monde”, mais il est au cœur de ce monde. C’est le Royaume de l’intériorité : “Le règne de Dieu est parmi vous” (Luc 17, 21). Ce Royaume n’est pas habité par des sujets, des soldats, des fonctionnaires et une cour, mais par des fils.

Les “fils du Royaume”, ainsi que Jésus les nomme, sont ceux qui cherchent la vérité, ceux qui prennent son chemin, les bénis du Père proches de leurs frères. C’est un “royaume d’amour, de justice et de paix”, comme le dit la préface eucharistique.

Un peuple de frères

La porte du Royaume s’ouvre pour nous dans le baptême et les sacrements. Mais l’entrée effective n’est pas à chercher seulement dans nos églises ou dans le secret de notre prière. Elle s’opère aussi dans le concret de notre vie, dans le vif de notre actualité traversée par ses misères et ses espoirs.

Le Royaume est présent et en construction dans chaque écoute patiente, chaque sourire encourageant, chaque fardeau partagé, chaque regard respectueux et aimant, chaque geste de paix et de réconciliation… Le passeport en est l’amour et le service au nom du Seigneur Jésus. Nous sommes les ambassadeurs de ce Royaume…

Le trésor du Royaume, ce sont les pauvres et les humbles ; ce sont tous les êtres humains pour lesquels le Christ Jésus est venu servir et donner sa vie.

Signes d’aujourd’hui n°168, octobre 2006 (mise à jour Octobre 2013)

Le missel romain “relooké” en 2019-21

Explication 

Lors de leur Assemblée plénière le 5 novembre à Lourdes, les évêques français ont annoncé que la nouvelle traduction du missel romain avait été approuvée par le Saint-Siège. Elle doit entrer en vigueur pour l’Avent 2020 et être définitivement adoptée pour à partir du lundi 24 mai 2021, mémoire de « Marie, Mère de l’Église »

La relation du Père et du Fils précisée

« La traduction française de la messe met dans la bouche des fidèles, au Credo, une formule qui est erronée de soi, et même, à strictement parler, hérétique. » C’est avec ces mots forts que Jacques Maritain dénonçait dès les années 1970 la traduction française du Je crois en Dieu affirmant que le Christ est « de même nature que le Père ». Dans un courrier, le philosophe expliquait : « Je suis de même nature que M. Pompidou, je ne lui suis pas consubstantiel ».

Avec cette nouvelle traduction qui s’appliquera définitivement en 2021, l’assemblée dira de Jésus qu’il est « consubstantiel au Père ». Cette affirmation vient ainsi souligner qu’il n’y a bien qu’un seul et unique Dieu, une seule substance divine. Il s’agit de la modification la plus importante car elle concerne une prière prononcée par tous, prêtres et fidèles, et qu’elle n’est pas facultative.

► Une prière sur les offrandes plus proche du latin

L’autre grand changement de ce nouveau missel concerne la prière sur les offrandes, aussi appelée Orate fratres. Dans la version actuelle, le célébrant dit : « Prions ensemble, au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église ». Ce à quoi l’assemblée répond : « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde ».

Si elle est toujours possible dans le futur missel, cette formule est reléguée au second plan. Le prêtre privilégiera : « Priez, frères et sœurs : que mon sacrifice, et le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout-puissant ». Et l’assemblée : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’Église ».

La nouvelle version a été exigée par le Vatican, pour plus de proximité envers le texte latin, tandis que le maintien de la version actuelle est dû à l’insistance des épiscopats francophones. « La très belle formule actuelle est entrée dans les mémoires depuis 50 ans et Rome a laissé la possibilité entre les deux », détaille Bernadette Mélois, directrice du Service national de pastorale liturgique et sacramentelle (SNPLS) de la Conférence des évêques de France.

► Une plus grande présence des femmes

Un autre apport parmi les plus visibles de cette nouvelle traduction est le remplacement occasionnel du mot « frères » par l’expression « frères et sœurs ». Par exemple, lors du Je confesse à Dieu les fidèles diront : « Je reconnais devant vous, frères et sœurs (…) et vous aussi, frères et sœurs, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu ».

Cette évolution se retrouve également dans d’autres formules de la messe. Ainsi, dans la Prière eucharistique I, lors de la commémoration des vivants, le célébrant dira : « Souviens-toi Seigneur ; de tes serviteurs et de tes servantes… ». Cette précision féminine est là aussi un ajout par rapport à la traduction antérieure, mais correspond au texte latin, précise Bernadette Mélois.

► Une liturgie plus recueillie

« Une des nouveautés de cette traduction est la place importante laissée au silence », remarque la responsable du SNPLS. Pour elle, « le silence fait partie de l’action liturgique et permet une réception fructueuse de la Parole de Dieu ». Le nouveau missel indique ainsi un nouveau temps de silence après le Gloire à Dieu.

La nouvelle traduction vient également rappeler que la prière liturgique est une prière chantée, poursuit Bernadette Mélois. Elle accorde ainsi une certaine place au latin, en proposant de chanter dans cette langue le Gloria, le Credo ou encore le Pater Noster. Les préfaces chantées seront aussi publiées avec la nouvelle traduction.

Toujours dans la même optique de recueillement, le nouveau missel précise qu’au moment de la consécration, après l’élévation du Pain et du Vin, le prêtre fait une génuflexion en « adorant ». Ce dernier mot était absent des traductions précédentes.

► L’importance de la gestuelle

À plusieurs endroits, le nouveau texte vient préciser les gestes du prêtre et plus rarement ceux de l’assemblée. Il vient par exemple renforcer l’invitation à s’incliner lors de l’évocation du mystère de l’incarnation dans le Je crois en Dieu, tant dans le symbole de Nicée-Constantinople que dans le symbole des Apôtres.

« Dans la liturgie, le corps participe à la prière de l’Église », explique Bernadette Mélois. « Ce n’est pas une prière

La « culture du déchet » passe aussi par le « gaspillage alimentaire »

Le pape François a appelé à mettre fin au « gaspillage alimentaire » dans un message diffusé sur son compte Twitter le 11 novembre 2019.

« Nous devons mettre fin à la culture du déchet, nous qui prions le Seigneur de nous donner notre pain quotidien. Le gaspillage alimentaire contribue à la faim et au changement climatique » a tweeté lundi le pape François.

La question du gaspillage alimentaire est un thème qui revient fréquemment chez l’auteur de Laudato si’ (2015). Dans cette encyclique sur la préservation de la maison commune, il appelait à « passer de la consommation au sacrifice, de l’avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager, dans une ascèse qui signifie apprendre à donner, et non simplement à renoncer ».

Dans son message, le pontife renvoie également au site de l’Académie pontificale des sciences qui organise ces 11 et 12 novembre une conférence sur ce sujet. Intitulé Food Losses and Waste — pertes et déchets alimentaires, en anglais — ce colloque se tient à la Casina Pio IV, dans les jardins du Vatican. Il sera notamment question de partager des éléments scientifiques sur la manière de réduire ce gaspillage et de contribuer ainsi à la sécurité alimentaire mondiale.

L’engagement politique des chrétiens et la laïcité

Mercredi dernier, j’ai eu la grâce de célébrer la Messe avec plus de deux cents élus des Hauts de Seine, pour confier leurs missions et leurs discernements à l’amour du Seigneur. L’Eglise Saint-Rémy de Vanves constituait un cadre propice à cette célébration : saint Rémy a en effet été un des interlocuteurs emblématiques du roi Clovis, au Vème siècle. Aujourd’hui comme hier, hommes d’Eglise et responsables de la cité ont à dialoguer pour contribuer ensemble à la justice et à la paix.

Dans la France ultra-laïque d’aujourd’hui, certains pourraient s’insurger, crier à la confusion des genres, au communautarisme. Il n’en est rien : dans le cadre d’une distinction claire et assumée entre les réalités spirituelles et les réalités temporelles – qui fait partie de l’évangile –, il est non seulement possible mais indispensable que les politiques croyants aient des occasions de ressourcement et que tous les politiques, croyants ou non, puissent profiter des trésors de sagesse contenues dans les traditions religieuses. Le respect effectif de la personne humaine dans toute sa richesse est à ce prix.

Mgr Matthieu Rougé, , évêque de Nanterre depuis le 5 juin 20181. Il est consacré évêque le dimanche 16 septembre 2018 en la cathédrale Sainte-Geneviève-et-Saint-Maurice de Nanterre2.

Voilà pourquoi aussi il est décisif que les jeunes chrétiens ne se détournent pas de l’engagement politique. Ce dernier constitue une des dimensions importantes de l’esprit d’amour et de service constitutif de la vie de tout baptisé. Encore faut-il se former à un tel engagement, pour être en mesure de le vivre avec la justesse et la droiture légitiment attendues de la part des chrétiens. C’est pour cela que le diocèse de Nanterre proposera une journée de formation à l’engagement politique, le 14 décembre prochain à Sainte-Marie de Neuilly, dans la perspective en particulier des élections municipales.

La juste laïcité n’instaure pas, ou ne devrait pas instaurer, une logique de séparation rigide mais plutôt une dynamique de dialogue et de respect au service de la dignité de chacun et de la paix entre tous.

Marie Laforêt, derrière ses « yeux d’or », une foi chevillée au corps

Décédée le 2 novembre 2019, Marie Laforêt a séduit plusieurs générations tant par ses interprétations artistiques que par son originalité et sa grande liberté de ton. Ses obsèques ont été célébrées le 7 novembre 2019. Dans une émission diffusée par la télévision suisse, elle se confiait sur sa foi.

« Je n’aime pas le bruit. […] Mon idée première était d’être carmélite, comme quoi une chose peut en entraîner une autre ». Ces mots inattendus ont été prononcés par Marie Laforêt, décédée le 2 novembre 2019 à l’âge de 80 ans. Ses obsèques ont eu lieu ce jeudi 7 novembre à l’église Saint-Eustache (Paris), suivies d’une inhumation dans l’intimité. Au cours d’un entretien avec le journaliste suisse Jacques Huwiler, dans une émission du 21 octobre 1990, on découvre, au-delà de la brillante interprète de « Il a neigé sur yesterday » et des « Vendanges de l’amour », et au-delà de l’actrice qui joua Marge au côté d’Alain Delon et de Maurice Ronet dans Plein soleil, une personnalité sensible où se mêlent une douce ironie et une forte spiritualité.

Une image de la religion « gentille et spirituelle »

Curieux personnage en effet que celui de Marie Laforêt, joliment surnommée « la fille aux yeux d’or » depuis son apparition dans le film La Fille aux yeux d’or (1961), inspiré d’un roman de Balzac. Et il faut dire que ses grands yeux verts aux reflets mordorés ne laissaient pas indifférents. Cette icône des années 1960 confie avoir été à l’âge de 14 ans « très impressionnée » par le style de Thérèse d’Avila et celui de saint Jean de la Croix. Elle s’était d’ailleurs à l’époque escrimée à traduire Le château intérieur de Thérèse d’Avila.

Catalane d’origine, « très flamenco de cœur », selon ses propres mots, celle qui affirmait son « côté castagnettes et tango » résidait en Suisse, une région qu’elle décrit comme son « couvent intérieur ». Évoquant son enfance, elle dépeint la présence de la religion au sein de sa famille comme « forte et en même temps non pesante ». « Elle était légère, elle était drolatique ». L’humour de son père lui donne alors « une idée de la religion gentille et spirituelle ». Le rire frais et aérien qui accompagne ses paroles semble illustrer ce souvenir avec à-propos. Au journaliste qui lui lance, « Vous qui êtes si j’ai bien compris catholique convaincue ? », elle répond sans ambages : « Oui… Mais je n’ai pas honte, je n’ai pas honte du tout ». Et livre une anecdote amusante : l’unique fois où elle a sablé le champagne toute seule, c’est quand elle a appris l’élection de Karol Wojtyla sur le trône de saint Pierre. « Croire me fait rire, me rend gaie, me rend libre », a-t-elle affirmé un jour. Une formule qui illustre son appétit pour la vie et son goût de l’essentiel.

«Pas de peine humaine sans horizon»

Ce vendredi 8 novembre, le Saint-Père a reçu en audience les participants à la rencontre internationale des responsables régionaux et nationaux de la pastorale des prisons. Il a exprimé sa préoccupation vis-à-vis de ce qui favorise une mise à l’écart des détenus au détriment du développement intégral des personnes et de la réinsertion. Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Au début de son discours, le Pape François a fait référence à la «culture du déchet», dont bien des prisons sont actuellement un triste reflet. Par des «décisions légalistes et inhumaines, justifiées par une prétendue recherche du bien et de la sécurité», la société «cherche dans l’isolement et dans la détention de celui qui agit contre les normes sociales la solution ultime aux problèmes de la vie de communauté», a regretté le Souverain Pontife. Beaucoup de ressources publiques sont destinées à la répression, a-t-il aussi pointé, plutôt qu’à la «promotion d’un développement intégral des personnes» réduisant ce qui favorise les actions illicites.

Accueillir dignement et non rejeter

«Il est plus facile de réprimer que d’éduquer» a poursuivi François, de créer des espaces où les transgresseurs sont «enfermés dans l’oubli» plutôt que d’offrir «des opportunités de développements semblables à tous les citoyens».

Le Pape a ensuite évoqué l’échec des processus de réinsertion, surtout dû au manque de ressources et à la surpopulation des prisons, transformées en «véritables lieux de dépersonnalisation». La personne qui sort de prison est souvent confrontée «avec un monde qui lui est étranger et qui par ailleurs ne la reconnaît pas comme digne de confiance, allant même jusqu’à l’exclure de la possibilité de travailler pour obtenir un gagne-pain digne». En ôtant à ces personnes leur dignité, on les expose à nouveau «aux dangers qui accompagnent le manque d’opportunités de développement, au milieu de la violence et de l’insécurité».

Les cinquante participants présents en salle Clémentine ont ensuite été interpellés par François: «Si ces frères et sœurs ont déjà purgé leur peine pour le mal commis, pourquoi met-on sur leurs épaules un nouveau châtiment social, avec le rejet et l’indifférence ?». Cette «aversion sociale» risque de les faire «retomber dans les mêmes erreurs», a insisté le Saint-Père.

Celui-ci a ensuite encouragé les aumôniers de prison à «rendre présente la miséricorde du Père» auprès des détenus et à continuer leur «ministère d’espérance», soutenus par l’amour de Dieu. Le Pape a assuré de sa prière tous ceux qui «par un silence généreux, servent ces frères, en reconnaissant en eux le Seigneur». Il a aussi félicité ceux qui accompagnent les familles des prisonniers.

La fenêtre et les mères

François a terminé en proposant deux «images» à ses hôtes. D’abord celle de prisons avec des «fenêtres», ouvertes sur l’horizon. «Il n’y a pas de peine humaine sans horizon. Personne ne peut changer de vie s’il ne voit pas un horizon», a-t-il expliqué, évoquant aussi la prison à perpétuité qui selon lui est «discutable» et «devrait avoir un horizon».

La seconde image est celle qui a marqué Jorge Mario Bergoglio, alors séminariste, lorsqu’il passait devant la prison de Devoto à Buenos Aires: les mères de détenus faisant la queue, en attendant de pouvoir entrer dans la prison pour rendre visite à leur enfant. Elles devaient se soumettre à d’humiliants contrôles de sécurité.  «Ces femmes n’avaient pas honte que tout le monde les voie», a souligné le Pape, souhaitant que l’Église se laisse enseigner par l’esprit et les gestes maternels de ces femmes envers les prisonniers.

Les mots de Christ, rapportés par saint Matthieu, sont venus clore le discours du Souverain Pontife: «Amen, je vous le dis: chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25, 40).