Le mystère Michael Lonsdale

Chroniques :Le mystère Michael Lonsdale

Journal : Le Devoir , 26/10/2020, Odile Tremblay

Je voudrais lancer mon coup de chapeau à l’acteur franco-britannique Michael Lonsdale, mort à 89 ans dans son sommeil lundi dernier à Paris. Sa dégaine atypique, son talent unique, sa voix profonde et la force de sa personnalité en avaient fait un être de si profonde singularité qu’on a l’impression qu’après lui, le moule s’est brisé.

Pensez donc ! Un mystique, catholique pratiquant dans le milieu laïque du théâtre et du cinéma français. Allergique aux rencontres bien arrosées entre compères au resto après la tombée du rideau, fuyant les blagues et le potinage comme la peste et même les conversations sur son métier. L’interviewer relevait du pari difficile. S’annonçant puis se faisant porter pâle, il s’évanouissait de la scène médiatique, hors des grands festivals comme Cannes où les conférences de presse constituent des passages obligés. Nombreux sommes-nous à avoir soupiré de déception après qu’il se fut déguisé en courant d’air après des promesses d’entrevue. On ne le rencontrera jamais en tête à tête. Autant se faire à l’idée.

« J’essaie d’être un chrétien qui vit humblement la parole de Jésus »

Interview parue dans Église Catholique en France

Au long des décennies, il aura traîné sa drôle de gueule et son regard aux éclairs d’étrangeté. Si seul dans sa case, Michael Lonsdale, anachronique depuis toujours, semble-t-il. Les êtres hors normes ont des trésors à offrir, à contre-courant des idéologies de l’heure, authentiques autant qu’incompris. Baptisé à 22 ans après son chemin de Damas, amoureux éconduit et inconsolé de la comédienne Delphine Seyrig, peintre de talent, artiste énigmatique et solitaire.

Que vous inspire l’hommage qui vous sera rendu lors du Festival ?

Je ne suis ni orgueilleux ni attaché à la recherche de prix. Je n’en ai jamais reçu de toute ma vie. Depuis Des hommes et des dieux, j’en récolte tout un paquet, cela m’amuse. Je prends cette situation avec beaucoup de calme. Le film a eu un tel retentissement en France et à l’étranger. Cet hommage me fait plaisir, mais je n’aurai jamais couru dans ma vie après un prix.

Cet hommage vous invite-t-il à relire votre carrière ?

Du passé, je suis souvent obligé de parler. Pour cette rétrospective, une trentaine de mes films sera projetée : j’aimerais en revoir certains, d’autres pas tellement, mais cela ne fait rien. Je ne vis ni dans le passé ni dans le futur. Je vis comme Thérèse de Lisieux : tous les jours, « tout ce qui peut se produire arrive aujourd’hui ».

Que vous reste-t-il aujourd’hui de l’expérience « Des hommes et des dieux » ? L’enthousiasme autour du film est-il retombé ?

Je pensais que la situation se calmerait un peu, mais j’ai encore reçu deux invitations d’évêques pour témoigner de mon expérience. Ce film m’a apporté une joie sans pareil. Frère Luc est l’un des rôles que j’ai eu le plus de plaisir à jouer. J’avais déjà fait toute la gamme du personnage religieux : curé de campagne, prêtre, religieux, cardinal, jusqu’à l’Archange Gabriel dans le film de Josiane Balasko (Ma vie est un enfer, Ndlr). Je m’étais dit que j’arrêterais, puis on m’a proposé Frère Luc. Je ne pouvais pas dire non.

Votre foi catholique a-t-elle une place dans la conduite de votre carrière ?

Non. Je suis croyant et pratiquant, mais comédien est un métier. Je continue à jouer comme les enfants. Je n’ai pas conduit ma carrière en fonction de ma foi, car il n’y avait pas assez de films consacrés à la spiritualité. Il y a eu La Passion du Christ de Mel Gibson, Sous le soleil de Satan et d’autres films, mais ils sont étalés dans le temps. De tels films sont rares, mais cela va peut-être donner des idées aux producteurs, car ils peuvent rapporter et c’est ce qui les intéresse.

Baptisé à 20 ans, charismatique à 50 ans passés, comment qualifieriez-vous votre chemin spirituel ?

Il s’est construit très lentement. J’ai été baptisé par les Dominicains. On m’avait conseillé d’aller aux Ateliers d’art sacré pour rencontrer des personnes qui me parleraient des arts et de la foi. Lors de ma première visite, j’ai entendu ce Père Dominicain, le Père Régamey, grand intellectuel et connaisseur d’art, qui m’a dit exactement ce que je voulais entendre : comment était la vie en Christ, en Dieu. Il a été mon Père spirituel. J’ai aussi eu une marraine extraordinaire qui m’est tombée du ciel. Elle m’a tout expliqué.

J’essaie d’être un chrétien qui vit humblement et du mieux possible la parole de Jésus. Il faut se nourrir tous les jours. Je prie beaucoup l’Esprit Saint pour qu’il me guide. Ma foi a grandi et évolué comme tout homme qui évolue avec le temps. J’ai découvert le Pardon et sa signification très tardivement, vers 40 ans, je crois.
 

Avez-vous connu des moments de doute ?

Très peu. Mais, j’ai connu des moments de chagrin tels que je ne voulais plus vivre. En 1986, cinq personnes capitales pour moi sont mortes la même année (dont sa mère, sa marraine, sa tante, et son oncle, Ndlr). Je n’en voyais pas le bout. J’ai eu la force de crier « Seigneur, sauve-moi ». La réponse est venue tout de suite. Le lendemain, mon parrain, voyant que je n’allais pas bien, m’a emmené dans un groupe de prière. C’est ainsi que j’ai découvert le Renouveau Charismatique. Je recherchais cette irruption de l’Esprit Saint, peut-être parce que je suis né le jour de la Pentecôte.
Aujourd’hui, depuis que les êtres chers qui dépendaient de moi financièrement sont morts, mon grand bonheur de chrétien est de me consacrer davantage au Seigneur, de témoigner par mon art. A partir de ce moment, j’ai monté les Récits d’un pèlerin russe, « Vous m’appellerez petite Thérèse » (d’après les œuvres de Thérèse de Lisieux), des spectacles sur Sœur Emmanuelle, Madeleine Delbrêl. Il faut faire connaître la vie extraordinaire de ces personnes.