François, seul, pour la Ville et un monde dans la tempête

Vendredi soir 27 mars, le pape François, seul devant une place Saint-Pierre vide, a présidé une prière pour le monde qui doit faire face à la pandémie de coronavirus, au terme de laquelle il a donné la bénédiction urbi et orbi.

Seul, il a monté les marches vers l’endroit où il préside d’habitude l’audience générale. Seul, il a écouté la lecture de l’Évangile. Seul, ensuite, il s’est recueilli, longuement, devant l’icône de Marie-Salut du Peuple romain, puis le crucifix miraculeux amené de l’église Saint-Marcel-au-Corso où il s’était déjà recueilli il y a deux semaines.

Seul, enfin, après un long temps d’adoration, il a pris l’ostensoir posé sur l’autel placé dans l’atrium de la basilique avant de sortir bénir une place Saint-Pierre vide, battue seulement par la pluie. Au même moment, une ambulance, sirènes hurlantes, arrive à l’hôpital Santo-Spirito tout proche.

Une bénédiction urbi et orbi « extraordinaire », tant par son moment – elle n’a lieu d’habitude qu’à Noël, à Pâques et au jour de l’élection du pape – que par sa forme : devant une place vide, avec seulement, au loin, quelques journalistes et une forte présence policière faisant respecter le confinement imposé aux Italiens depuis maintenant trois semaines.

Fragments de l’homélie de François

«Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus», a souligné le Pape. «Comme les disciples de l’Evangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement».

Tout comme les disciples, nous pouvons nous sentir «perdus» et surpris par l’attitude de Jésus dans cette scène de l’Évangile :  «Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir –. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : “Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?” (v. 40).»

Les disciples réagissent en adressant aussi un reproche à Jésus :  «“Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ?” (v. 38). Ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : “Tu ne te soucies pas de moi ?”. C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.»

Une supplication au Seigneur pour guérir une humanité blessée

«La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités (…) avec des habitudes apparemment “salvatrices”, incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, en nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité», a remarqué François.

S’adressant directement au Seigneur dans une supplication dramatique, seul devant une Place Saint-Pierre vide, sous la pluie et la pénombre, le Pape a évoqué les péchés de l’humanité. «Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : “Réveille-toi Seigneur !”»