«Nous ne sommes plus en chrétienté»

Dans ses vœux à la Curie, le pape François a dépeint une situation bien pessimiste pour la chrétienté. Regrettant que la foi soit aujourd’hui «niée, marginalisée et ridiculisée» en Occident, il a appelé l’Eglise à changer.

«Nous ne sommes plus en chrétienté» : le pape François a constaté, le 21 décembre, la perte d’influence de l’Eglise en Occident, particulièrement en Europe, et appelé la Curie romaine à «un changement de mentalité» profond. «Nous ne sommes plus en chrétienté, nous ne le sommes plus ! Nous ne sommes plus les seuls aujourd’hui à produire la culture, ni les premiers, ni les plus écoutés», a lancé le pape dans ses traditionnels vœux à la Curie, le gouvernement de l’Eglise.

La foi est niée, raillée, marginalisée et ridiculisée

«Nous ne sommes plus dans un régime de chrétienté parce que la foi – spécialement en Europe, mais aussi dans une grande partie de l’Occident – ne constitue plus un présupposé évident du vivre-ensemble ; pire elle est souvent même niée, raillée, marginalisée et ridiculisée», a commenté le souverain pontife argentin devant ses principaux cardinaux.

“Nous ne sommes plus en chrétienté»

Ce «changement d’époque» oblige à «un changement de mentalité pastorale», a souligné le premier Pape latino-américain de l’histoire, qui s’est employé, depuis son élection en 2013, à réformer les structures internes de la Curie, tout en insistant régulièrement sur un changement du mode de pensée en vase clos au sein de l’Eglise. Il s’est heurté à la résistance de nombre de sections de la Curie, réfractaires à un plus grand contrôle de leurs finances. Le Pape a formulé aussi une mise en garde contre «la rigidité» et «la tentation de se replier sur le passé» alors qu’il faut, selon lui, «s’engager dans des changements significatifs». Lançant une pique à des adversaires qui s’opposent à ses réformes, y compris au sein de la Curie, le Saint-Père a décrit «la rigidité qui naît de la peur du changement et qui finit par disséminer […] des obstacles sur le terrain du bien commun, en le transformant en champ miné d’incommunicabilité et de haine». «La Curie romaine n’est pas un corps détaché de la réalité», a insisté le pape François, pour qui le changement doit être profond et ne doit pas se limiter «à revêtir un vêtement nouveau et à rester, en fait, comme on était avant».