La grâce du purgatoire

Le purgatoire a quasiment disparu de la pastorale courante. Il a pourtant une longue histoire. Dans La naissance du purgatoire, l’historien Jacques Le Goff remonte à la prière pour les morts pratiquée dès les premiers temps du christianisme. Le médiéviste cite longuement un passage des Confessions dans lequel saint Augustin évoque la mort de sa mère Monique, survenue une décennie auparavant. Puis l’évêque d’Hippone adresse à Dieu une prière dans laquelle il intercède en faveur de celle qui lui a donné le jour : “Je sais qu’elle a pratiqué la miséricorde, et de tout cœur remis leurs dettes à ses débiteurs. Remets-lui aussi ses dettes, si elle-même en a contracté durant tant d’années après l’ablution du salut ! Remets, Seigneur, remets-les, je t’en supplie ! N’entre pas en justice avec elle ! Que la miséricorde passe par-dessus la justice !” En priant pour sa défunte mère, Augustin a l’intuition qu’entre l’événement de la mort et l’accueil parmi les élus, il se passe quelque chose. Un quelque chose qui est de l’ordre d’une purgation, d’une libération de l’homme de ses derniers liens avec le péchéPrier pour les morts, c’est croire que notre salut n’est pas joué d’avance. Et que le passage par le purgatoire est une grâce que Dieu accorde aux pécheurs que nous sommes.

Le purgatoire, c’est comme…

Institut des Auxiliatrices des âmes du Purgatoire
Le ravin dans lequel la brebis s’est perdue et où le Seigneur la retrouve.
La caverne de nos ombres, où nous sommes enfermés, prisonniers, en attente du rayon de lumière de celui qui va nous sauver.
Le lit et la fièvre de la belle-mère de Simon en attente du salut.
Le samedi saint où Jésus passe par la mort et nous rejoint dans nos zones de mort pour nous donner la vie.
Le passage délicat de nos peurs, de nos souffrances de nos péchés et découragements, ce passage où Jésus nous accompagne de sa présence de tendresse et de compassion pour nous mener au Père.
Le lieu de dépouillement où nous nous tenons comme de petits pauvres, devant la croix, les mains vides, lieu de l’espérance et de la confiance radicale en Dieu, lieu de l’abandon à la Providence de Dieu.
Le lieu de la communion avec toute l’humanité en quête de sens, en attente de Dieu, éprouvée, blessée, souffrante.
Il n’y a pas de frontière à l’amour de Dieu. Rien de ce qui fait notre humanité ne lui est étranger et ne peut échapper à sa lumière. Inlassablement, il nous cherche et désire notre vie et notre bonheur.
Le purgatoire, c’est finalement le lieu de la joie d’être aimés entièrement, tels que nous sommes ; joie d’être relevés, guéris, sauvés…