Mais quel roi et de quelle manière Jésus est-il roi ? 

Pourquoi pas aussi président et pas seulement pour 5 ans, mais à vie et pour l’éternité. Président d’une superpuissance qui aurait son siège au Vatican, qui serait la plus grande multinationale avec des moyens extraordinaires, une armée, des soldats, les soldats du Christ, soumettant tous les chefs d’état à son autorité, une présidence intègre qui aurait les moyens de sa politique, qui assurerait le bonheur de l’humanité dans la justice et la paix sociale étendue à toute l’humanité. Nous pourrions alors chanter de manière triomphale, « Parle, commande, règne » ou en pensant au pape : « Il est notre chef sur la terre, il est le légat du Seigneur, à lui tout l’amour de nos cœurs ».

Il pourait y avoir chez les Vendéens que nous sommes une fibre royaliste qui nous encouragerait à nous enroler sous la bannière du Christ-Roi dans un esprit revanchard. Bien sûr  c’est là faire totalement fausse route.

Pourtant ce n’était pas exclu au pays vendéen d’après la Révolution Française, et même pour les évêques français du 19° siècle qui ne se sont ralliés au nouveau pouvoir, républicain, celui-là, seulement après une encyclique du pape Léon XIII, dans ce que l’on appelle «  Le Ralliement ». Après avoir lutté contre, les catholiques ont fini par se rallier à la démocratie et à la république, comme la forme de vie ensemble admise par le plus grand nombre de nos concitoyens.

Ce ne fut pas sans soubresauts, on l’a vu avec la création de la fête du Christ Roi, créée en 1925 par le pape Pie XI. La quasi totalité des Etats européens avaient pris leur autonomie par rapport à l’Eglise. Certains rêvaient de reconquête. Les régimes autoritaires qui reconnaissaient Dieu et faisaient à l’Eglise une place privilégiée (Espagne, Italie) étaient présentés comme l’idéal par un courant important du catholicisme de ce pays. En France, la séparation de l’Eglise et de l’Etat s’était faite dans la douleur. Dans nos réunions on chantait le Christ Roi avec quelque accent de revanche. Toute une frange du catholicisme vivait dans cette nostalgie du temps où pape, évêques et prêtres exerçaient leur tutelle sur la vie de la cité.

Ce temps n’est plus. Il l’est encore moins dans l’aujourd’hui où des évêques sont mises en cause dans leur vie privée, et où cela apparait sur la scène publique. Pourtant le comportement, condamnable, de quelques-uns à un moment de leur vie, ne disqualifie en rien le message évangile auquel il nous faut sans cesse revenir.

En faisant la différence entre laïcisme et laïcité les évêques de France ont demandé qu’on ne revienne pas sur ces lois instituant la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Ces lois dont on a fêté le centenaire et dont les Eglises s’accommodent bien. « Rendez à César, ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Il n’y a pas de parti du Christ Roi. Son Royaume n’est pas de ce monde. Depuis toujours il y a des princes et de rois, des gouvernants et de chefs d’états à qui l’on donne honneur et considération et qui ont souvent l’estime de leurs contemporains. Ils remplissent la scène internationale au G 20 et au delà.

En face il y a la scène évangélique, présentée par Luc, d’un roi soumis à la dérision d’une couronne d’épines, puis d’un condamné suspendu à une croix avec un écriteau au dessus de la tête, sommet de la dérision I*N*R*I, Jésus le ROI des Juifs.

Un condamné, recevant l’hommage d’un autre condamné, voyou et malfaiteur sans doute, le bon larron, celui-là et qui se reconnaît comme tel, et qui lui, fait confiance à ce Jésus dont le nom signifie, Sauveur. Christ -Roi, vraiment ? Nous avons des clés pour comprendre. Jésus est bien ce roi-serviteur sans commune mesure avec tous les pouvoirs dictatoriaux, monarchiques ou démocratiques. Jésus complètement dépouillé, tourné en dérision par des soldats qui le revête d’un manteau rouge. Aux portes de la mort, il reste roi. Il l’est plus que jamais dans ces moments-là. Quand il se sera relevé d’entre les morts, au matin du 3° jour, sa résurrection ne sera pas la revanche de la puissance et de la force, un moment contenue, elle sera la signature d’un Dieu, entré complètement dans l’histoire humaine avec ses larmes et son sang, avec la déprise de soi et le don, l’abandon à l’autre pour l’aimer , le servir, le sauver.

Oui il y a un besoin de salut. Pour un certain nombre de nos contemporains le courage du désespoir est la seule issue, à moins que ce ne soit la fuite en avant dans une jouissance éperdue, l’étourdissement procuré par les marchands de rêve, ou l’illusion, le mirage du pouvoir.

Les mots de st Paul entendus ce dimanche du Christ-Roi donnent au contraire un sens prodigieusement ouvert à l’aventure humaine, à ses découvertes, à la maitrise de l’homme sur 1’univers, aux pas de géants réalisés aujourd’hui par la science. Il précise : « Dieu a voulu que dans le Christ toutes choses aient son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui sur la terre et dans les cieux. »

   La royauté du Christ est du côté du bonheur de l’homme et de tout ce qui peut y contribuer.  Cette royauté offre un démenti à tous les autoritarismes. Elle indique aussi par quelle voie l’humanité peut se survivre: le service et l’amour du frère quel qu’il soit et non la violence des armes imposée par un pays à un peuple frère, à l’est de l’Europe comme on le voit actuellement du côté de l’Ukraine.

Nos acclamations liturgiques vers un transpercé, qui est aussi le ressuscité, ne sont pas l’annonce de la revanche, mais l’attestation que le chemin de Jésus, roi désarmé, roi sans armée, est le chemin qui conduit à la vie.

Un appel à chacun d’entre nous, parents, éducateurs, professionnels en responsabilité ou en marge, pour que chaque fois que nous détenons une parcelle de pouvoir , si minime soit-elle, nous le mettions en œuvre dans la force de l’amour, qui n’est pas faiblesse ou démission mais service vrai et désintéressé de ceux que Dieu met sur notre chemin. Amen.

claudebabarit@orange.fr 18 11 2022