La Vierge Marie, icône du Salut du peuple ukrainien

Depuis son baptême en 988, l’Ukraine manifeste sa fervente dévotion à la Mère de Dieu. La première église érigée à Kiev, trois ans après le baptême de la ville, le fut en l’honneur de l’Assomption de Marie. Administrateur apostolique de l’éparchie de Saint Volodymyr le Grand pour les Ukrainiens de rite byzantin en France, Mgr Hlib Lonchyna explique l’importance de ce culte marial, nourri quelles que soient les tribulations de l’histoire nationale ukrainienne.

Entretien réalisé par Delphine Allaire – Cité du Vatican

Berceau de la culture chrétienne de tout l’Orient européen. Ainsi le Pape Jean-Paul II venu d’une terre amie et voisine qualifiait l’Ukraine, lors de son voyage pastoral dans le pays, à l’aube du troisième millénaire. Lors de cette même visite effectuée en juin 2001, à l’angélus depuis Kiev, le saint cracovien rappelait les origines mariales de la jeune nation: «La protection de Marie a accompagné les pas de la communauté chrétienne en Ukraine depuis le Baptême de la Russie en 988. Baignée par le grand fleuve de la foi, l’Ukraine est ainsi devenue une terre chrétienne et, dans le même temps, une terre mariale. C’est ce qu’attestent les nombreux sanctuaires, dans lesquels s’exprime tout l’amour des fidèles envers la Mère céleste». 

Quelques semaines après le début de la guerre déclenchée par l’invasion russe en février 2022, le Pape François posait un acte de foi très fort: la consécration de l’Ukraine et la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Un geste spirituel très attendu des Ukrainiens, qui retentit dans tous les sanctuaires mariaux du monde. «Une arme spirituelle», jugeait le nonce apostolique à Kiev, Mgr Visvaldas Kulbokas. À de nombreuses reprises, le Souverain pontife a qualifié cette guerre «d’œuvre démoniaque». Or, qui mieux que la Vierge Marie pour répondre à Satan?, rétorquait le représentant du Saint-Siège en Ukraine.

Mgr Hlib Lonchyna, administrateur apostolique de l’éparchie Saint Volodymyr le Grand pour les Ukrainiens en France, au Benelux et en Suisse, détaille la place de la dévotion mariale en Ukraine, en cette solennité de l’Assomption, aussi appelée «Dormition».

Entretien avec Mgr Hlib Lonchyna, administrateur apostolique de l’éparchie Saint Volodymyr le Grand de Paris

En 2001 lors de sa venue le Pape Jean-Paul II avait qualifié l’Ukraine de terre mariale. De quelle manière le culte de la sainte Vierge Marie se manifeste-t-il dans le pays?

Il y a en Ukraine une grande vénération de la Mère de Dieu depuis le début de notre histoire. Le grand-prince Iaroslav le Sage (978-1054) a dédié la terre de la Rus’ de Kiev, l’Ukraine actuelle, à la Très Sainte Mère de Dieu. Nous avons un grand nombre d’églises érigées en son honneur, d’icônes miraculeuses, de sanctuaires mariaux très fréquentés pour prier et demander des grâces de Dieu. Beaucoup de sanctuaires mariaux ont été fondés sur des apparitions, par exemple en forêt. Mais plutôt que les apparitions de la Vierge en elles-mêmes, il y a une grande vénération des icônes commémorant ces apparitions; autant en temps de guerre que de paix. Notre peuple est très émotionnel. Nous trouvons dans la maternité de Marie un grand soutien pour les besoins de la vie.

Comment la fête de l’Assomption est-elle vécue dans l’Église gréco-catholique d’Ukraine?

Elle est l’une des grandes fêtes mariales de l’année. Nous l’appelons la Dormition de la Sainte Mère de Dieu. À la différence de l’Église latine célébrant l’ascension au Ciel, nous célébrons la Dormition de la Mère de Jésus, mais dans le même sens. Elle est morte, ressuscitée et montée aux cieux. Nous avons beaucoup de paroisses dédiées à la Dormition. Elle est un symbole de notre propre mort et ascension au ciel qui nous attend avec elle.

Dans les ténèbres de la guerre cette année, que représente la Vierge Marie pour les fidèles ukrainiens?

L’espoir est la dernière chose à mourir. Nous avons donc toujours une grande espérance même si nous nous sentons comme David face à Goliath. Petite nation de 40 millions de personnes, nous avons déjà perdu beaucoup d’habitants dans la mort ou l’émigration. La fédération de Russie est un immense pays avec lequel il est impensable de comparer nos forces. Cette année, il est dangereux d’organiser de grands pèlerinages. Malgré tout, nous exprimons l’espérance dans nos prières à la Mère de Dieu, notamment sa protection pour tout le peuple d’Ukraine, mais aussi pour la conversion des cœurs de nos ennemis. Dès que nous serons tous convertis, la paix règnera.

“Nous demandons à la Mère de Dieu la conversion des cœurs de nos ennemis”