La « prière des frères », qu’est-ce que c’est au juste ?

De plus en plus de paroisses ou de communautés religieuses proposent des temps de « prière des frères ». Mais qu’est-ce, au juste ? Comment se déroule-t-elle et quels sont les écueils ?

Aleteia . Mathilde de Robien – publié le 29/11/21 – mis à jour le 27/07/22

Les chrétiens connaissent bien la prière personnelle, la prière conjugale, la prière familiale, la prière communautaire… mais beaucoup moins cette prière en petit comité appelée la « prière des frères ». Pourtant, « la prière des frères vit sa mue », constate le père Baudouin Ardilllier, frère de la communauté saint Jean et curé à Avignon, « passant d’une pratique rare à une prière désirée ardemment chez beaucoup de prêtres, d’évêques et de laïcs ».

La prière des frères réunit généralement trois personnes : deux « priants », qui vont écouter et porter les intentions d’une tierce personne. Le père Ardilllier en donne une belle définition dans son livre La prière des frères(EdB) : « Etre entouré quelques instants de frères chrétiens, se confier à leur intercession auprès du Père, les entendre prier à voix haute pour soi, écouter le Saint-Esprit parler et le voir agir, voici la merveille proposée dans la prière des frères ». Une manière de vivre la fraternité par la prière.

Une antique tradition ? Une mode passagère ? Ni l’un ni l’autre. La prière des frères est pratiquée depuis de nombreuses années par les chrétiens évangéliques, et c’est le parcours Alpha qui a contribué à la répandre dans l’Eglise catholique, en l’intégrant notamment dans leur week-end sur le Saint-Esprit. Si sa pratique reste une nouveauté dans l’Eglise, elle s’appuie pleinement sur la Parole de Dieu, qui promet la miséricorde du Père et son action dans nos vies, pour peu que ses enfants lui en fassent la demande :

« Je vous le dis encore, si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. En effet quand deux ou trois sont réunis en mon Nom, Je suis là au milieu d’eux » (Mt 18,19-20).

« Je vous en supplie, frères et sœurs, par notre Seigneur Jésus-Christ et par l’amour de l’Esprit, combattez avec moi en adressant à Dieu des prières en ma faveur » (Rm 15,30).

Mais c’est peut-être le texte biblique des noces de Cana qui illustre le mieux et donne tout son sens à la prière des frères : Marie intercède auprès de son fils et Dieu répond aux besoins précis de ses enfants. A l’image de Marie qui intercède pour que les jarres se remplissent de vin, le binôme de priants intercède auprès de Dieu pour leur frère. « Marie, sachant que son Fils a le pouvoir de répondre à sa demande, s’appuie sur le cœur miséricordieux de son divin fils pour venir au secours des hommes », explique le père Baudouin Ardilllier.

Le déroulement

Le déroulement

Dans un lieu propice au recueillement, le binôme et la personne qui souhaite recevoir la prière expriment dans un premier temps qui est Jésus pour lui : « Seigneur Jésus, pour moi Tu es… ». Puis le frère qui demande la prière partage une intention de prière qui lui tient à cœur pour une tierce personne ou pour une situation. Ceux qui écoutent ont une prière spontanée qui fait écho à l’intention partagée. Ensuite, les priants peuvent demander, comme Jésus à Bartimée, l’aveugle de Jéricho : « Que veux-tu que le Seigneur fasse pour toi aujourd’hui, maintenant ? » Le frère qui demande la prière exprime alors une intention de prière qui le concerne personnellement. Ceux qui écoutent peuvent imposer les mains, ou poser une main sur son épaule, en prononçant à nouveau une prière à son intention. La prière des frères se termine par une prière commune (Notre PèreJe vous salue Marie ou autre… ).

Une expérience de la fraternité spirituelle

Prier pour ses frères fait partie de la nature propre du chrétien, de son identité même. Par la grâce du baptême, les chrétiens sont enfants d’un même Père, et donc frères et sœurs. « Cette prière naît de l’amour que nous sommes appelés à avoir pour nos frères et sœurs, et de l’amour du Père pour chacun de ses enfants », souligne le père Baudouin Ardillier.

Une prière qui répond aussi à la triple vocation de chaque baptisé, appelé à être « prêtre, prophète et roi ». Prêtre, c’est celui qui œuvre à la sanctification de ses frères. Il intercède pour eux, il prie pour eux. Prophète, c’est celui qui annonce la Parole sous l’impulsion de l’Esprit Saint. Roi, c’est celui qui est au service, en priant par exemple avec et pour l’autre.

Les écueils à éviter

Il existe néanmoins un certain nombre d’écueils concernant les priants. Il est important qu’ils demeurent de « simples serviteurs », à l’image des serviteurs de saint Luc (Lc 17,10). Ils sont invités, et formés, à se décentrer d’eux-mêmes le temps de la prière (et pendant un temps de préparation) afin de rester attentifs à leur frère. Ils mettent de côté leur quotidien, leurs propres soucis, afin d’être présents à l’autre et de pouvoir le porter vraiment dans la prière.

Ne se dit pas priant qui veut ! Attention à ne pas confondre prière des frères et accompagnement spirituel. « Cette confusion est facile à faire, si le priant pense devoir aider lui-même la personne. Il peut être tenté de diriger, de conseiller », souligne le père Ardillier. Mais l’enjeu consiste ici à prier et à laisser Dieu faire à travers l’Esprit Saint. Il peut arriver qu’un priant soit en quête d’une paternité spirituelle. Mais la prière des frères n’est pas le lieu pour cela.

Il est également important de ne pas chercher à s’immiscer dans la vie d’autrui. Une personne peut parfois demander la prière sans exprimer de raisons particulières. Les priants n’ont pas besoin de savoir ce qu’elle vit précisément. L’Esprit Saint le sait et cela est suffisant.

Autre confusion possible, celle entre empathie et hypersensibilité. L’hypersensibilité est l’empathie poussée à l’excès. « On peut passer assez facilement de l’empathie à l’écoute de sa sensibilité comme seule clé de compréhension, et finalement tomber dans l’hypersensibilité », alerte le père Ardillier. « L’un des signes en est l’impact trop important que les douleurs psychiques ou physiques des personnes peuvent avoir sur nous ». « La compassion, rappelle le prêtre avignonnais, c’est pleurer avec l’autre, pâtir, c’est porter pour l’autre. Jésus a voulu porter lui-même les poids de nos souffrances, ne cherchons pas à prendre sa place ! ».