Le Pape invite à «se salir les mains» dans les périphéries du monde

François a reçu des membres du Global Security Fund -le Fonds mondial de solidarité- avant l’audience générale du mercredi 25 mai. Il les a encouragés à la proximité avec les laissés-pour-compte de la société: trop de chrétiens ont un «cœur sali par l’égoïsme» et se comportent comme des Pharisiens a t-il déploré.


Francesca Sabatinelli – Cité du Vatican

Vivre près des périphéries, intégrer les migrants dans la société, non par charité, mais aussi pour réagir à l’hiver démographique, et s’ouvrir à une économie chrétienne, communautaire et partagée. Telles sont les indications données par le Pape lors de sa rencontre avec les dirigeants du Fonds mondial de solidarité, qui réunit des personnes religieuses qui, à Davos, où se tient le Forum économique mondial, discutent du leadership et de l’inclusion sociale des plus vulnérables.

Périphéries géographiques et existentielles

Les recevant au Vatican, le Pape leur a réaffirmé combien il aime «les gens aux frontières, aux périphéries». «Tout simplement parce que Jésus est allé aux périphéries: il y est allé pour montrer l’Évangile», a-t-il expliqué, ajoutant que ces périphéries pouvaient être géographiques, mais aussi existentielles, «parce qu’il y a des gens qui sont un peu aisés mais qui ont leur âme détruite, déchirée». Le style de Dieu, a-t-il poursuivi, est la proximité, et «beaucoup de gens ont besoin de proximité».

Ces expressions religieuses -qu’elles proviennent de congrégations ou qu’il s’agisse de chrétiens qui «s’en détachent» pour garder la foi- qui veulent avoir une âme propre, mais n’ont pas la proximité, «peut-être», explique François, «ont une âme propre, mais leur cœur est sale d’égoïsme» et «est une réédition du plus ancien pharisaïsme», a directement lancé François.

Les migrants doivent être intégrés, jamais ghettoïsés

François a abordé ensuite la question des migrants, répétant les quatre verbes fondamentaux qui s’y réfèrent: accueillir, accompagner, promouvoir et intégrer.

Rappelant la tragédie de Zaventem (l’attentat de l’aéroport de Bruxelles avec 11 morts, revendiqué par le groupe État islamique- ndlr), perpétrée par de jeunes Belges «enfants de migrants, non intégrés, ghettoïsés», François a rappelé le sens de l’intégration.

«Parce qu’un migrant non intégré est à mi-chemin, il est à mi-chemin, et il est dangereux. C’est dangereux pour lui, car il sera toujours un mendiant. C’est également dangereux pour tout le monde. S’intégrer, ne pas avoir les migrants comme un caillou dans ses chaussures, ce qui est gênant», a déclaré le Pape en improvisant.

Il faut se regarder soi-même pour comprendre les migrants, indique-t-il aussi, car «la majorité d’entre nous sont des enfants ou des petits-enfants de migrants», se référant également à lui-même. «Nous devons regarder les racines, poursuit François, et regarder aussi l’Europe, qui «a été faite par les migrants» et qui aujourd’hui «pour un développement sérieux» en a besoin :

«Il y a un hiver démographique, où il n’y a pas d’enfants, où l’avenir est de plus en plus étroit: laissez venir ces bonnes personnes, mais nous devons les intégrer! Intégrez-les. Et pour cela, je suis si reconnaissant pour ce que vous faites avec eux. Ce n’est pas de la charité, non, c’est de la fraternité», s’est exclamé le Pape.

Passer à une économie communautaire

François a ensuite évoqué l’économie, en commençant par l’engagement du Fonds mondial de solidarité, l’économie, prévient-il, doit être convertie maintenant:

«Nous devons passer de l’économie libérale à l’économie partagée, à l’économie communautaire». Nous ne pouvons pas vivre avec un modèle d’économie qui vient des libéraux et des Lumières. Nous ne pouvons pas non plus vivre avec un modèle économique issu du communisme. Nous avons besoin… d’une économie chrétienne, exhorte François.

Et le Pape d’encourager en guise de conclusion: «Allez-y, salissez-vous les mains. Prenez des risques. Et regardez tant de périphéries: l’Asie du Sud-Est, une partie de l’Afrique, une partie de l’Amérique latine. Autant de périphéries, autant, qui blessent le cœur».