Messe chrismale: «Un prêtre mondain est un païen cléricalisé»

Lors de la messe chrismale célébrée en la basilique Saint-Pierre, jeudi 14 avril, durant laquelle les prêtres sont invités à renouveler leurs promesses sacerdotales, le Saint-Père s’est adressé aux prêtres du monde entier. Les invitant à garder «le regard fixé sur le Christ», il a notamment alerté sur trois idolâtries cachées, qui peuvent mettre en danger leur vocation de pasteurs.

Claire Riobé – Cité du Vatican

« Vous serez appelés “Prêtres du Seigneur”; on vous dira “Servants de notre Dieu”, […] loyalement, je leur donnerai la récompense, je conclurai avec eux une alliance éternelle.» L’appel du prophète Isaïe, dont se font écho les lectures de ce 14 avril, commémore l’alliance passée entre le Seigneur et chaque prêtre au jour de son ordination. «Être prêtre, chers frères, est une très grande grâce, qui n’est pas d’abord une grâce pour nous, mais pour les gens», a indiqué le Pape François au début de son homélie, durant la messe chrismale en la basilique Saint-Pierre de Rome.

S’adressant à ses «chers frères prêtres», qui renouvellent aujourd’hui leurs promesses sacerdotales, le Souverain pontife les a invités à relire cette alliance sainte «avec le cœur». Elle est une invitation du Seigneur à lui demeurer fidèle, «à nous laisser aimer, à nous laisser pardonner; pour servir le saint peuple fidèle de Dieu avec une conscience pure», explique François.

Laisser le Seigneur regarder nos idoles

Chaque prêtre est ainsi invité à cultiver la grâce de la contemplation du Christ, propre au sacerdoce. «À la fin de la journée, il est bon de regarder le Seigneur, et que Lui regarde notre cœur, avec celui des personnes que nous avons rencontrées.» Dans cette contemplation, «nous lui montrons aussi nos tentations, afin de les reconnaître et de les rejeter. Comme nous le voyons, il s’agit de comprendre ce qui est agréable au Seigneur et ce qu’il veut de nous ici et maintenant, dans notre histoire présente», exprime François. L’acte de contemplation conduit à «laisser le Seigneur regarder nos idoles cachées» et «nous rend forts face à elles et leur enlève leur pouvoir».

François alerte sur la facilité avec laquelle les idoles cachées peuvent peu à peu prendre la place de Dieu, dans le silence du cœur de chacun. «Même si l’on se dit à soi-même que l’on distingue parfaitement ce qu’est une idole et qui est Dieu, dans la pratique, on enlève de l’espace à la Trinité pour le donner au démon, dans une sorte d’adoration indirecte: celle de celui qui le cache, mais qui écoute continuellement ses discours et consomme ses produits, de sorte qu’à la fin il ne reste même pas un petit espace pour Dieu», avertit-il.

L’idolâtrie cachée, danger particulier des pasteurs de l’Eglise

François distingue trois espaces d’idolâtrie cachée, dans lesquels le Malin utilise ses idoles pour priver les prêtres de leur vocation de pasteurs. Ces idolâtries «séparent peu à peu de la présence de Jésus, de l’Esprit et du Père». La mondanité spirituelle, d’abord qui consiste en «une proposition de vie, une culture, une culture de l’éphémère, une culture de l’apparence, du maquillage.»

“«Un prêtre mondain n’est rien d’autre qu’un païen cléricalisé»”

Cette tentation d’une gloire sans la Croix va à l’encontre de la personne du Seigneur qui s’humilie dans l’Incarnation et qui, comme signe de contradiction, est le seul remède contre toute idole. «Un prêtre mondain n’est rien d’autre qu’un païen cléricalisé», condamne le Saint-Père, invitant chaque prêtre à «être pauvre avec le Christ pauvre.»

Pragmatisme des chiffres et mentalité de l’efficacité

La seconde idolâtrie condamnée par le Pape François est le primat au pragmatisme des chiffres. «Ceux qui ont cette idole cachée se reconnaissent à leur amour des statistiques qui peuvent effacer toute dimension personnelle dans la discussion et donner la prééminence à la majorité, qui devient en définitive le critère de discernement», indique le Successeur de Pierre. Cette fascination pour les chiffres révèle en réalité une recherche de soi-même et un désir de contrôle. Or, tout serviteur du Christ est au contraire invité à se mettre en retrait, afin de laisser toute la place à Dieu.

Enfin, le fonctionnalisme, dernière idolâtrie nommée par le Saint-Père, réside en une mentalité qui ne tolère pas le mystère et vise l’efficacité. Elle mène certains pasteurs à «s’enthousiasmer davantage pour la feuille de route que pour le parcours», regrette François. Peu à peu, cette idole remplace la présence du Père en nous, car le pasteur à la mentalité fonctionnaliste a sa propre nourriture, qui est son égo. «Nous laissons de côté l’adoration du Père dans les petites et grandes choses de nos vies et nous nous complaisons dans l’efficacité de nos programmes.»

Ne pas savoir démasquer ces idolâtries dans sa vie quotidienne «nuit à la fidélité de notre alliance sacerdotale et attiédit notre relation personnelle avec le Seigneur», estime François. Le Souverain pontife invite ainsi chaque prêtre à demander à Jésus-Christ que ses propres idoles lui soient révélées, que leurs racines et leurs rouages soient visibles, et que le Seigneur puisse les détruire. «Nous devons nous en souvenir, être attentifs, afin que l’ivraie de ces idoles que nous avons su cacher dans les replis de notre cœur ne repoussent pas», a-t-il conclu, confiant les pasteurs du monde entier à l’intercession de Saint Joseph.