Le carême, pour sortir de «notre léthargie intérieure»

Avec l’aide de l’Esprit-Saint, non par nos «propres forces»

Le temps fort du carême est « une opportunité », a souligné le pape François lors de l’angélus dominical. « C’est une période où Dieu veut nous réveiller de notre léthargie intérieure, de cette somnolence qui ne laisse pas l’Esprit s’exprimer ».

Avant la prière de l’angélus, dimanche 13 mars 2022, en présence de quelque 25 000 personnes, le pape François a commenté le récit de la Transfiguration de Jésus, tiré de l’évangile selon saint Luc.

Le pape a invité à s’interroger sur la « somnolence » des apôtres Pierre, Jacques et Jean à un moment aussi important de la vie de Jésus et de la leur. Il a rappelé que ce sont les mêmes trois apôtres qui s’endormiront à Gethsémani, au lieu de prier comme Jésus le leur avait demandé.

« Ce sommeil déplacé ne ressemble-t-il pas à tant de nos sommeils qui nous viennent pendant des moments que nous savons importants ? », a questionné le pape. Conscient de la difficulté à accorder du temps à la prière ou à la famille après une journée de travail, il a affirmé que « nous pouvons surmonter la fatigue du corps par la force de l’Esprit de Dieu », mais non par nos propres forces. Il est nécessaire de « demander à l’Esprit Saint de nous tirer de cette somnolence qui nous empêche de prier ».

Le pape François a également fait observer que c’est sans doute « la lumière de Jésus » transfiguré qui a réveillé les apôtres. Une invitation à se mettre « sous la lumière de Dieu » avant de s’endormir : « Donnons au Seigneur la possibilité de nous surprendre et de réveiller notre cœur » en « nous laissant étonner par la Parole de Dieu » qui « éclaire nos pas et embrase notre cœur » ou en contemplant dans le Crucifié « l’amour fou de Dieu ».

Voici notre traduction des paroles prononcée par le pape François en italien avant l’angélus.

Commentaire de l’Evangile du 2e dimanche de carême

Chers frères et sœurs, bonjour !

L’Evangile de la liturgie de ce deuxième dimanche de Carême raconte la Transfiguration de Jésus (cf. Lc 9, 28-36). Tandis qu’il prie sur une haute montagne, il change d’aspect, son vêtement devient d’une blancheur resplendissante et, dans la lumière de sa gloire, apparaissent Moïse et Elie qui parlent avec lui de la Pâque qui l’attend à Jérusalem, c’est-à-dire de sa passion, sa mort et sa résurrection.

Montés sur la montagne avec Jésus, les apôtres Pierre, Jean et Jacques, sont témoins de cet événement extraordinaire.  Nous les imaginons les yeux grands-ouverts devant ce spectacle unique. Cela s’est certainement passé ainsi. Mais l’évangéliste Luc note que « Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil » et que, « restant éveillés », ils virent la gloire de Jésus (cf. v.32). Le sommeil des trois disciples détonne un peu dans ce contexte. Ces mêmes apôtres s’endormiront aussi plus tard, à Gethsémani, pendant la prière angoissée de Jésus qui leur avait demandé de veiller (cf. Mc 14, 37-41). Cette somnolence est surprenante à des moments si importants.

Mais si nous lisons avec attention, nous voyons que Pierre, Jean et Jacques s’assoupissent avant que ne commence la Transfiguration, c’est-à-dire précisément pendant que Jésus prie. C’est ce qui se passera à Gethsémani. Il s’agit évidemment d’une prière qui se prolonge, dans le silence et dans le recueillement. Nous pouvons penser qu’au début, ils ont eux aussi prié, jusqu’à ce que prévalent la fatigue et le sommeil.

Frères et sœurs, ce sommeil déplacé ne ressemble-t-il pas à tant de nos sommeils qui nous viennent pendant des moments que nous savons importants ? Peut-être le soir, lorsque nous voudrions prier, être un peu avec Jésus après une journée passée entre mille choses et engagements. Ou encore quand c’est le moment d’échanger quelques paroles en famille et qu’on n’a plus de force. Nous voudrions être plus éveillés, attentifs, participer davantage, ne pas perdre des occasions précieuses, mais nous n’y arrivons pas ou nous y parvenons peu d’une certaine façon.

Le temps fort du Carême est une opportunité en ce sens. C’est une période où Dieu veut nous réveiller de notre léthargie intérieure, de cette somnolence qui ne laisse pas l’Esprit s’exprimer. Parce que – souvenons-nous en bien – garder son cœur éveillé ne dépend pas seulement de nous : c’est une grâce et il faut la demander. Les trois disciples de l’Evangile nous le montrent : ils étaient courageux, ils avaient suivi Jésus sur la montagne, mais par leurs propres forces, ils ne parvenaient pas à rester éveillés. Cela nous arrive aussi. Mais ils sont réveillés précisément pendant la Transfiguration. Nous pouvons penser que c’est la lumière de Jésus qui les a réveillés. Comme eux, nous avons nous aussi besoin de la lumière de Dieu, qui nous fait voir les choses de manière différence ; il nous attire, nous réveille, ranime notre désir et notre force pour prier, pour regarder en nous-mêmes et consacrer du temps aux autres.  Nous pouvons surmonter la fatigue du corps par la force de l’Esprit de Dieu. Et quand nous ne réussissons pas à surmonter cela, nous devons dire à l’Esprit Saint : « Aide-nous, viens, Esprit-Saint. Aide-moi, je veux rencontrer Jésus, je veux rester attentif, éveillé ». Demander à l’Esprit Saint de nous tirer de cette somnolence qui nous empêche de prier.

En ce temps de Carême, après la fatigue de chaque journée, cela nous fera du bien de ne pas éteindre la lumière de notre chambre sans nous mettre sous la lumière de Dieu. Prier un petit peu avant de dormir. Donnons au Seigneur la possibilité de nous surprendre et de réveiller notre cœur. Nous pouvons le faire, par exemple, en ouvrant l’Evangile, en nous laissant étonner par la Parole de Dieu, parce que l’Ecriture éclaire nos pas et embrase notre cœur. Ou encore nous pouvons regarder le Crucifié et nous émerveiller devant l’amour fou de Dieu, qui ne se lasse jamais de nous et qui a le pouvoir de transfigurer nos journées, de leur donner un sens nouveau, une lumière différente, une lumière inattendue.

Que la Vierge Marie nous aide à garder notre cœur éveillé pour accueillir ce temps de grâce que Dieu nous offre.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat