Pour l’élection présidentielle, les évêques de France appellent à ne pas faire le choix de la peur

Dans un document publié ce 18 janvier 2022 intitulé « L’espérance ne déçoit pas », la Conférence des évêques de France dévoile sa position sur les enjeux de l’élection présidentielle, à trois mois du premier tour.

C’est désormais une tradition qui semble ancrée : à la veille de chaque élection présidentielle, le conseil permanent de la Conférence des évêques de France (CEF) propose un grand texte sur les enjeux du vote. Ainsi, L’Espérance ne déçoit pas, publié le 18 janvier, relève de cet exercice. Exercice qui, du reste, n’est pas des plus faciles car les rédacteurs doivent prendre en compte plusieurs paramètres.

Le premier est la diversité du vote des catholiques : au premier tour de 2017, par exemple, ils avaient été 14 % à voter pour Jean-Luc Mélenchon, 4 % pour Benoît Hamon, 22 % pour Emmanuel Macron, 28 % pour François Fillon – un chiffre qui montait à 46 % chez les pratiquants –, 6 % pour Nicolas Dupont-Aignan, et 22 % pour Marine Le Pen – 15 % chez les pratiquants (sondage iFop pour La Croix et Pèlerin). Les évêques, eux-mêmes très divers, savent donc qu’ils s’adressent à des communautés fortement éclatées – pour ne pas dire divisées – en termes de sensibilités politiques.

Une position d’humilité dans le débat qui s’ouvre

Une position d’humilité dans le débat qui s’ouvre

Le deuxième paramètre est l’affaiblissement de la légitimité de la parole institutionnelle et de son pouvoir prescripteur, dans un contexte français marqué par une laïcité forte et parfois mal digérée, et ces dernières années par la critique du cléricalisme et le scandale des abus.

Le texte publié ce 18 janvier par la CEF commence d’ailleurs par des précautions oratoires assez significatives, précisant que c’est avec « humilité » que l’Église catholique intervient dans le débat qui s’ouvre.

Les évêques, qui ont reconnu la responsabilité institutionnelle de l’Église au regard des victimes d’abus commis en son sein et la dimension systémique du problème lors de leur assemblée plénière 2021, semblent plus que jamais prudents quant au ton employé : « Notre Église a failli, écrivent-ils. C’est bien conscient de cette situation que le Conseil permanent de la CEF ose néanmoins partager la présente réflexion car Celui en qui nous croyons nous invite a lui rendre témoignage, au-delà même des fautes et des péchés que nous reconnaissons. »

L’interpellation des consciences

L’interpellation des consciences

Apporter matière à réflexion sans jeter de l’huile sur le feu de communautés déjà divisées, ni cléricaliser le débat – qui accepterait que des évêques lui disent pour qui voter ? –, telle est la ligne que s’est fixée le conseil permanent de la CEF. Ainsi, ceux qui s’attendraient à des consignes de vote ou à des prises de position directes « contre » tel ou tel candidat en seront pour leurs frais.

Pas plus qu’en 2006 (Qu’as-tu fait de ton frère ?ou en 2016 (Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique), l’institution ne se positionne sur le plan partisan. Elle se situe davantage sur le terrain de l’interpellation des consciences, préférant soulever des questions à se poser avant d’aller mettre son bulletin dans l’urne – car si le vote blanc est respecté, l’absentéisme est fustigé comme un manquement à la responsabilité de chacun à l’égard de tous.

Ce parti pris, qui renvoie chaque évêque à la responsabilité notamment de se positionner – ou pas – pour ou contre tel ou tel parti, en particulier le Front national, comme cela s’était passé dans l’entre-deux tours en 2017, leur a déjà valu bon nombre de critiques – on se souvient de l’éditorial du quotidien Le Monde, « La faute morale de l’Église catholique », à la veille du scrutin qui avait vu s’affronter Macron et Le Pen lors de la dernière présidentielle.

Mais la démarche est totalement assumée. Interrogé au micro d’Europe 1 sur une éventuelle prise de position de l’Église contre les partis « extrêmes » (à gauche comme à droite), Matthieu Rougé, évêque de Nanterre et membre du conseil permanent, a ainsi déclaré qu’il pensait que ce n’était pas sur ce « registre » qu’il pensait « important » pour l’Église de se situer aujourd’hui, mais bien davantage de « parler du fond des choses », car c’était cela qui, selon lui, permettrait « d’éviter les outrances ».

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L’espérance ne déçoit pas (analyse)