JOB. Pourquoi le mal ?

Dans la Bible, le livre de Job nous invite à réfléchir à la question du juste confronté au malheur. Comment un homme bon, père de famille, entouré d’amis peut-il être aussi éprouvé ? Tout le livre nous montre son attitude avec ses proches et même avec Dieu pour nous interroger sur l’origine du mal.

Catherine Vialle, professeur d’Ancien Testament à la faculté de théologie de l’Université Catholique de Lille, nous résume ce livre de sagesse, avec une exceptionnelle clarté. Elle présente les grandes tensions qui traversent le livre : aucun mal ne peut remettre en cause l’immense bonté et la toute puissance de Dieu.

Le mal : une énigme pour le monothéisme

Cette question se pose quand le peuple d’Israël passe peu à peu du polythéisme au monothéisme. En effet, tant qu’il y a plusieurs dieux, les maux qui nous accablent peuvent être interprétés comme la conséquence de conflits qui opposent telles ou telles divinités entre elles. Ou encore, tel malheur est attribuable au caprice ou à la colère d’une divinité que l’on aurait offensée, même sans le vouloir.

A partir du moment où l’on passe d’une multitude de dieux à un dieu unique, et que ce dieu est reconnu comme un dieu juste et bon, ayant créé un monde juste et harmonieux, comment expliquer la présence du mal qui touche les innocents ? Est-ce que, finalement, ce dieu n’est pas si juste ou si bon que cela ? Les réponses ne sont pas simples, c’est le moins que l’on puisse dire.

Le livre de Job

Rédigé entre le Ve et le IVe siècle av. J.-C, le livre de Job tente d’apporter des éléments de réponse. Il met en scène un homme, un certain Job, présenté d’emblée comme un juste.

« Il y avait, au pays de Outsç, un homme du nom de Job. Il était, cet homme, intègre et droit, craignait Dieu et s’écartait du mal » (Job 1, 1).

Job n’est pas un hébreu, on ne sait pas vraiment où il habite. Il peut être n’importe qui, n’importe où. Mais quelqu’un de juste.

Dieu et Satan

est décrit un peu à la manière d’une divinité antique, un Zeus ou un Jupiter qui siège au milieu de sa cour.

« Le jour advint où les Fils de Dieu se rendaient à l’audience du Seigneur. L’Adversaire vint aussi parmi eux. Le Seigneur dit à l’Adversaire : ‘‘D’où viens-tu ?’’

« De parcourir la terre, répondit-il, et d’y rôder. »

Et le Seigneur lui demanda : ‘‘As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’a pas son pareil sur terre. C’est un homme intègre et droit qui craint Dieu et s’écarte du mal.’’

Mais l’adversaire répliqua au Seigneur : ‘‘Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? Ne l’as-tu pas protégé d’un enclos, lui, sa maison et tout ce qu’il possède ? Tu as béni ses entreprises, et ses troupeaux pullulent dans le pays. Mais veuille étendre ta main et touche à tout ce qu’il possède. Je parie qu’il te maudira en face !’’

Alors le Seigneur dit à l’Adversaire : ‘‘Soit ! Tous ses biens sont en ton pouvoir. Evite seulement de porter la main sur lui.’’» (Job 1,6-12)

Le mot hébreu qui est traduit par l’Adversaire dans la Traduction Œcuménique de la Bible est le mot « satan », qui signifie d’abord « adversaire, accusateur ». Ici, il s’agit d’une sorte d’esprit mauvais qui espionne et accomplit les basses besognes, avec la permission de Dieu. Le Satan dit à Dieu à peu près ceci : « Ce n’est pas difficile d’honorer Dieu quand tout va bien ». Dieu permet alors au Satan de mettre Job à l’épreuve.

Les malheurs de Job

Cela va se faire en deux temps. D’abord, Job perd ses enfants et tous ses biens. Sa réaction est la suivante :

« Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté : Que le nom du Seigneur soit béni ! En tout cela, Job ne pécha pas. Il n’imputa rien d’indigne à Dieu » (Job 1, 21-22).

Les premiers mots de Job ne sont pas « le Seigneur a ôté » mais bien « le Seigneur a donné ». Même dans ces circonstances terribles, Job s’ouvre d’abord à la reconnaissance du don. Il se remet totalement entre les mains de Dieu. Le narrateur commente en disant que Job ne pèche pas. De son point de vue, Job a raison de parler ainsi.

Après les biens et la famille de Job, le Satan s’en prend à sa personne. Il lui envoie une maladie qui le rend impur puisqu’il s’installe parmi les cendres, là où on dépose les immondices, hors du village. Et pourtant, il persiste dans la remise de soi à Dieu :

« Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur » (Job 2, 10).



Quatre explications du mal

Au total, face au scandale du mal qui touche l’innocent, quatre tentatives de réponse sont proposées par le livre de Job. Mais toutes ne se valent pas :

1) Il n’y a pas de justice en ce bas monde. C’est le chaos qui règne en maître. Les impies s’enrichissent tandis que les justes souffrent sans raison. C’est le point de vue des impies que dénoncent à de nombreuses reprises les amis de Job.

2) Dieu est juste et gouverne un monde juste. Dans un tel monde, le méchant est forcément puni et le juste récompensé par le succès et une longue vie heureuse. S’il arrive malheur à Job, c’est qu’il est forcément coupable. C’est le point de vue des trois amis. On appelle ça la théologie de la rétribution : et justement le livre de Job n’est pas d’accord avec cette façon de voir. Le livre de Job passe du temps sur ce sujet, parce que c’est l’explication la plus commune à l’époque et peut-être encore aujourd’hui.

3) La souffrance est une épreuve pour la foi. C’est le point de vue du prologue, repris dans une certaine mesure par Elihu. Ce point de vue n’est pas réfuté. Il a donc quelque chose de juste. De fait, il peut être bon de traverser la souffrance comme une épreuve.

4) Les desseins de Dieu ne sont pas accessibles à l’être humain. Ils le dépassent. Celui-ci doit l’accepter, comme Job qui n’aura jamais d’explication à sa souffrance mais s’incline devant la grandeur de Dieu. Face au malheur innocent, il reste à s’en remettre à Dieu dans la confiance, même si on n’y comprend rien, malgré la nuit obscure. C’est l’attitude de Job, cautionnée par Dieu.

Finalement, si le livre de Job ne donne pas vraiment d’explication satisfaisante à la question de l’origine du mal, il donne des clés pour traverser la souffrance : le courage dans l’épreuve et la remise confiante entre les mains d’un Dieu juste en définitive, même si son projet nous échappe en grande partie.