Les sœurs de Mère Teresa bientôt contraintes de quitter l’Inde ?

Le gouvernement indien a refusé de renouveler la licence de financement étranger des missionnaires de la charité, la congrégation fondée par Mère Teresa. Dépendant largement de dons étrangers, elle pourrait être contrainte, dans les prochains mois, de quitter l’Inde.

Agnès Pinard Legry – publié le 28/12/21 – mis à jour le 28/12/21 dans Aleteia

Les missionnaires de la charité vont-elles bientôt devoir quitter l’Inde ? C’est en tout cas ce que laisse craindre la dernière décision du gouvernement indien. Le ministère de l’Intérieur a confirmé, le jour de Noël, qu’il avait refusé de renouveler la licence de financement étranger de la congrégation fondée par Mère Teresa.

Une œuvre qui dépend essentiellement des dons étrangers

« Nous avons été informés que notre demande de renouvellement de la FCRA (Foreign Contribution Regulation Act) n’a pas été approuvée. Par conséquent, […] nous avons demandé à nos centres de ne gérer aucun des comptes sur lesquels se trouvent des financements étrangers jusqu’à ce que le problème soit résolu », a déclaré la supérieure générale de la congrégation, sœur Prema, dans un communiqué le 27 décembre. Cette licence est indispensable en Inde pour recevoir des dons étrangers, d’autant plus que les missionnaires de la charité dépendent largement des dons étrangers pour mener à bien leurs œuvres caritatives.

La congrégation supervise de nombreux projets en Inde tels que des écoles, des cliniques, des hospices, des maisons afin de recueillir les enfants abandonnés. Mais les nationalistes, partisans de la ligne dure hindoue, les accusent depuis longtemps d’utiliser ces projets, ces structures, pour convertir les gens au christianisme. Mi-décembre, dans l’ouest de l’Inde des missionnaires de la Charité ont ainsi été accusées d’avoir violé une loi pénalisant la conversion forcée. Les religieuses s’occupent en effet d’un foyer de jeunes femmes dans la ville d’Ahmedabad. Une plainte a été déposée par des membres d’un comité de protection de l’enfance qui accusent les sœurs de forcer les personnes recueillies à porter des chapelets, prier ou bien manger des aliments non végétariens. Des allégations niées en bloc par la congrégation dont la mission est d’être auprès des plus pauvres.

2% de la population chrétienne

Depuis plusieurs mois le gouvernement du Premier ministre, Narendra Modi, cherche à réduire le financement étranger des organisations caritatives et d’autres ONG basées en Inde. L’année dernière, des restrictions ont conduit au gel de comptes bancaires appartenant à Greenpeace et à Amnesty International. Selon des responsables religieux, la discrimination et les violences contre les minorités religieuses en Inde, où les hindous sont majoritaires, sont en hausse continue depuis l’accession au pouvoir en 2014 du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP) de Narendra Modi. Les deux principales minorités régulièrement persécutées sont les musulmans (qui représentent 14% de la population) et les chrétiens, qui représentent un peu plus de 2%.

Qui sont les missionnaires de la charité ? Le 10 septembre 1946, au cours d’un voyage en train de Calcutta à Darjeeling pour la retraite annuelle de sa communauté, mère Teresa reçoit son « inspiration », ce qu’elle nommera « l’appel dans l’appel ». D’une manière inexplicable, le désir d’étancher la soif d’amour de Jésus devient le moteur de toute sa vie. Au cours des semaines et des mois successifs, à travers des voix et des visions intérieures, elle comprend mieux le message de Jésus : il lui demande de fonder une congrégation religieuse, les Missionnaires de la Charité, vouée au service des plus pauvres. Près de deux ans d’épreuves et de discernement s’écoulent avant qu’elle commence son œuvre. Le 17 août 1948, elle porte pour la première fois le sari blanc à liserés bleus et quitte son couvent de Lorette pour entrer dans le monde des plus pauvres. Deux ans plus tard, le 7 octobre 1950, la congrégation des missionnaires de la charité est créée.