« Recours à l’aide alimentaire : une faim de dignité (Rapport Pauvreté)

Véronique Devise, 56 ans, a succédé, le mardi 15 juin à Véronique Fayet à la présidence du Secours catholique. Originaire du Pas-de-Calais, cette assistante sociale de formation est réputée pour son écoute et son efficacité.

«  La gastronomie française S’exporte dans le monde entier. Les émissions culinaires rassemblent des générations devant leur poste de télévision. La France est un pays où l’on mange bien, dit-on.

Mais, pour beaucoup, comme pour Caroline, c’était « compliqué » en 2020. Alors à la recherche d’un emploi, elle et son conjoint ont pris peur, jusqu’à se résoudre à demander une aide pour se nourrir : « Il n’était pas question qu’eux [leurs enfants] ne mangent pas.»

Les besoins d’aide alimentaire sont un révélateur de précarité. Notre rapport statistique 2021 est sans équivoque. Sans surprise, cette demande a augmenté en 2020, pour concerner 54 % des ménages rencontrés. 22 % étaient sans ressources quand, pour d’autres, des budgets trop serrés ou trop contraints font de l’alimentation la variable d’ajustement. Le niveau de vie médian des personnes rencontrées était de 537 € ! Dans ces conditions, comment vivre dignement et se nourrir convenablement ?


« Des millions de personnes ont recours à l’aide alimentaire »


La moitié des ménages accueillis compte des enfants et la part de familles monoparentales a encore augmenté. La situation sanitaire ainsi que son impact, ont fragilisé des ménages par une perte d’emploi, la fermeture des cantines ou l’arrêt de l’économie informelle.

Mais la pandémie a surtout aggravé l’intensité d’une pauvreté déjà vécue.

Les filets de sécurité et les aides d’urgence de l’État ont limité les dégâts. Cependant, la situation reste grave. 27 % des  ménages auxquels nous avons remis des aides d’urgence subissent, aujourd’hui, une insécurité alimentaire grave : il leur arrive
régulièrement de ne prendre aucun repas de la journée !

Pour eux, c’est la double peine. Plus les budgets sont serrés, plus la qualité nutritionnelle est contrainte. Les personnes en précarité sont les premières victimes de maladies liées à l’alimentation : diabète, obésité, maladies cardiovasculaires, etc.

Elles n’en sont pas dupes : 83 % des ménages interrogés sont préoccupés par les effets de l’alimentation sur leur santé, Mais la moitié se déclare dans l’incapacité d’agir dessus pour raisons financières.

Les conséquences s’étendent en matière de santé mentale (stress, anxiété), jusqu’à des ruptures sociales, qui tracent la voie de l’exclusion. Elles touchent à la dignité des personnes, qui nous partagent leur honte de demander de l’aide pour se nourrir ou nous disent simplement que « payer » et « choisir » leur permettrai de « rester dignes »

Ce scandale doit tous nous interpeller, quand on sait que 5,5 à 7 millions de personnes ont eu recours à l’aide alimentaire en 2020 ! Alors que notre pays doit bientôt opérer des choix politiques importants, rappelons la nécessité que chacun puisse être
acteur des choix individuels et collectifs sur l’alimentation. Face à des pauvretés déjà installées et à l’ampleur des défis écologiques, sortons des réponses d’urgence et faisons preuve de prospective !

Pour une vie digne, aujourd’hui et demain, commençons par garantir un revenu minimum, à un niveau décent, plutôt que d’égrener les aides ponctuelles ou d’institutionnaliser la distribution de denrées à grande échelle. Préférons également le droit à un logement décent à l’hébergement ou aux nuitées hôtelières et multiplions les projets territoriaux de création d’emplois pour la
transition écologique et solidaire !

La crise sanitaire a rappelé combien notre pays est capable de solidarité, de générosité et de fraternité. Celle-ci, inscrite dans notre devise, nous invite à faire bien plus que mettre des pansements sur la pauvreté.

Et si on essayait pour 2022 ?

Véronique Devise

Rapport Pauvreté 2021