Dans la prière, nous sommes toujours des commençants

L’oraison, explique le poète et essayiste Jacques Gauthier, est une étonnante aventure où nous n’avons pas toujours besoin de paroles. La vérité est qu’il nous faut sans cesse réapprendre à prier, en laissant l’Esprit saint prier en nous.

Jacques Gauthier – published on 15/11/21

Quand il s’agit de prier, nous commençons sans cesse, car nous ne savons pas prier. De fait, nous sommes toujours des commençants dans la prière, nous marchons avec l’Esprit saint qui prie en nous, qui vient en aide à notre faiblesse, qui nous aide à tenir bon sur les chemins inédits de la prière du cœur, de l’oraison silencieuse, de la contemplation surnaturelle. La prière est un élément constitutif de l’être humain. Présente dans les différentes civilisations, elle provoque une parole qui exprime les croyances et les désirs, souvent de manière poétique et symbolique. Elle révèle notre aspiration profonde à entrer en relation avec un être transcendant qu’on appelle Dieu.  

Des prières à la prière

Quelle a été la première prière de l’humanité ? Demande ou louange, personnelle ou communautaire, autour du feu ou au moment de la mort ? Nous ne le savons pas. Les prières traversent les siècles et les cultures qui les influencent. Elles retentissent dans l’immense cathédrale du temps et de l’espace. Mais la prière n’a pas toujours besoin de paroles pour se dire, elle résonne aussi dans le silence. On passe des prières à « la » prière, des mots convenus au regard amoureux d’une présence intérieure. Telle est l’oraison, appelée aussi prière intérieure ou prière contemplative, qui se vit au lieu sans fond du cœur, où Dieu demeure. Thérèse d’Avila parle de l’oraison comme d’un échange d’amitié, où l’on s’entretient seul à seul avec Dieu dont on se sait aimé. Il ne s’agit pas ici de penser beaucoup, précise-t-elle, mais de beaucoup aimer. Nous nous tournons vers le Père, le Fils ou l’Esprit, et nous prenons la décision de vivre un temps d’oraison chaque jour, quoiqu’il arrive. Je la commence toujours par un acte de foi : « Seigneur, tu es là, présent en moi. Que ma prière soit comme tu veux. Je te l’offre avec tout mon amour et ma confiance. » 

Le but de l’oraison est l’union à Dieu, sans rechercher les belles pensées et les consolations.

Le but de l’oraison est l’union à Dieu, sans rechercher les belles pensées et les consolations. Les méthodes qui apaisent le corps, fixent l’esprit par un mot-prière, peuvent nous rendre plus attentifs au Seigneur, mais ce ne sont que des moyens. Même le silence et le recueillement ne sont pas des fins en soi, puisque Dieu est au-delà de toute pensée, de tout sentiment et de toute méthode. L’important est de vouloir orienter notre liberté vers le Seigneur en l’aimant, d’y rassembler tout notre être et de persévérer. Le Seigneur regarde plus l’intention de notre cœur que l’attention à son mystère, qui varie selon les jours. 

L’essentiel de l’oraison réside dans cette intention fondamentale du cœur de vouloir ce que Dieu veut, d’engager notre volonté à le prier en silence, malgré l’ennui et les sécheresses, le découragement et les distractions. Il ne s’agit pas de faire le vide, mais de communier au Christ dans la foi, en réponse à sa parole : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour » (Jn 15, 9). Jésus est le centre, l’unificateur, l’ami fidèle. Il prolonge en nous sa prière filiale au Père : « Notre Père… » Oui, nous sommes toujours des commençants dans cette étonnante aventure de l’oraison. Elle demeure en genèse au fond de nous, en gestation de l’Esprit, comme d’une œuvre d’art en devenir. Nous n’avons jamais fini de naître à l’amour du Christ. Sa lumière monte au plus secret de nos corps baptisés.