La mise en garde de Mgr de Moulins-Beaufort sur la paternité spirituelle

À l’issue de l’Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France (CEF) qui s’est déroulée à Lourdes du 2 au 8 novembre 2021, Mgr Éric de Moulins-Beaufort a rappelé les contours délicats de la paternité spirituelle du prêtre.

Mathilde de Robien 

Un mois après la publication du rapport de la Ciase sur les abus sexuels commis au sein de l’Église, l’Assemblée plénière des évêques de France a reconnu la responsabilité institutionnelle de l’Église ainsi que la dimension « systémique » de ces violences. Les évêques ont pris des mesures concrètes « pour que l’Église accomplisse sa mission en fidélité à l’Évangile du Christ ». Dans son discours de clôture, Mgr de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la CEF, est revenu sur la notion de paternité spirituelle. Une position qu’il est nécessaire de redéfinir, afin d’éviter toutes formes d’abus de pouvoir et tout cléricalisme.

La Ciase, et le pape François avant elle, avaient déjà alerté sur les dérives liées au cléricalisme, cette manière déviante de concevoir le clergé comme une institution supérieure à laquelle les fidèles devraient une déférence excessive. Dans sa lettre au peuple de Dieu d’août 2018, le pape François ajoute que le cléricalisme peut être « favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs ». Dans ses 45 recommandations, la Ciase préconise de définir « les bonnes pratiques de l’accompagnement spirituel » et à identifier les situations de « mise en surplomb du prêtre par rapport à l’ensemble des baptisés », et à distinguer charisme et séduction.

« Une paternité incestueuse »

A Lourdes, Mgr Éric de Moulins-Beaufort a appelé les évêques à redoubler de vigilance car « le mal est toujours plus proche de nos âmes qu’il y paraît » et à « ne pas se laisser tromper par les mots que nous employons », faisant directement allusion au mot « paternité » : « La métaphore de la paternité devrait être scrutée sous tous les angles, car il y a une paternité incestueuse, même symboliquement, qu’il faut rejeter avec horreur. » En effet, si la relation éducative se transforme en une relation de pouvoir, elle peut alors servir à exercer une emprise et s’accompagner d’abus.

« La paternité spirituelle est une immense chose, mais elle ne se décrète pas », rappelle le président de la CEF. « Elle se constate après coup, dans ses effets fortifiants et libérateurs, car la vraie paternité ne saurait jamais consister à ce que l’un fasse de l’autre sa chose ou le traite comme tel ni à ce que l’un maintienne l’autre en étant de minorité, tandis que la juste fonction paternelle conduit nécessairement à l’âge adulte et à l’émancipation ».