Joseph, tout finit bien (ancien testament)

Comment un frère détesté et mis à mort a sauvé toute sa famille ? ou comment Dieu tourne en bien le mal que l’homme peut faire ?

Un chouchou maltraité

Joseph est le fils préféré de Jacob: il porte la plus belle tunique, une tunique riche qui le met en valeur et, en plus, il a reçu un don divin: il sait, par pure grâce divine, interpréter les rêves et il ne s’en prive pas. Ses visions sont sans équivoque: ses frères devront le servir, l’honorer… Autant dire que non seulement il est le chouchou de son père mais qu’en plus il le sait et explique tranquillement à ses frères que c’est Dieu qui le veut et qu’il en sera ainsi, de toutes les manières. Bien sûr, cela ne manque pas, nos patriarches sont des êtres humains entiers : la haine grandit contre Joseph, ses frères veulent le tuer mais finalement ils le vendent à des marchands qui partent en Egypte, on trempe sa belle tunique dans du sang de bouc et on fait croire au pauvre Jacob que le fils préféré a été tué. C’est la mort symbolique de Joseph, insupportable, la mort d’un fils.


Joseph, un prophète


Mais Dieu se souvient de Joseph en Egypte, l’accompagne : après avoir été mis en prison pour avoir été faussement accusé d’avoir voulu séduire l’épouse de son maître Potiphar, Joseph reçoit une grâce de Dieu et réussit à interpréter le songe de Pharaon: l’Egypte va connaître sept ans de sécheresse après sept ans d’abondance, il faut donc faire des réserves. Joseph devient le bras droit de Pharaon.
On comprend alors que les songes de Joseph ne sont pas des rêves égoïstes: si Joseph doit dominer sur ses frères, ce n’est pas du fait de son ambition, d’un orgueil démesuré ou même parce qu’il était le préféré de son père. Dieu a un projet pour lui, en a fait un prophète et en fera un patriarche. Le lecteur biblique, suivant sa pente naturelle et comprenant la réaction des frères de Joseph, doit faire son mea culpa: c’est bien Dieu qui agit en toutes choses.

Pardon et projet de Dieu

Mais revenons à notre histoire. C’est alors que ses frères, poussés par la famine, descendent de Canaan pour se rendre en Egypte : ils ne reconnaissent pas Joseph devenu prince d’Egypte mais lui, Joseph, les reconnaît. Ils doivent se prosterner devant le petit frère vendu, réalisant les promesses des songes de Joseph. La prophétie s’accomplit et montre que tout est mené par le seul maître de l’histoire, Dieu.
Finalement, Joseph se fait reconnaître, pardonne à ses frères et les accueille en Egypte, sauvant ainsi toute la famille.


Le peuple de Dieu comme lieu du pardon


Ce “roman de Joseph” qui est une sorte d’histoire autonome dans le livre de la Genèse n’est pas seulement une histoire passionnante, pleine de rebondissements en plusieurs épisodes. Cette histoire parle profondément de la Providence de Dieu, d’un Dieu qui prend soin et accomplit sa volonté à travers l’histoire humaine. Joseph, finalement, a une histoire assez semblable à celle de son père Jacob/Israël: en apparence, Joseph l’orgueilleux réussit comme son père Jacob le tricheur, mais en fait le texte dit tout autre chose et développe une véritable théologie de la Providence. A travers nos vies cabossées, Dieu trace un chemin de salut pour nous.
Mais le “roman de Joseph” va plus loin. De cette haine des frères, de cette trahison fraternelle, presque homicide, Dieu va réaliser une histoire de salut et de pardon. La famille de Jacob, le peuple de Dieu, est le lieu d’un pardon qui dépasse les haines fratricides. Dans le livre de la Genèse, Caïn a tué Abel, Esaü voulait tuer Jacob mais lui a imparfaitement pardonné la bénédiction volée: dans le roman de Joseph, le pardon est total, le peuple va grandir et se renforcer. Le livre de la Genèse se finit bien: l’alliance porte ses fruits et les promesses de paix sont honorées.

Les Pères de l’Eglise ont vu dans Joseph une préfiguration de Jésus. Jésus est tué par ses frères et, par sa mort, sauve le peuple tout entier. La victoire de Joseph et de Jésus, c’est en fait la victoire de Dieu qui reste fidèle à son alliance avec la famille d’Abraham et avec toute l’humanité. Joseph et Jésus sont venus réconcilier les hommes entre eux et l’homme avec Dieu.