Le message de fraternité et de compassion du Pape pour les personnes âgées

Le message du Pape pour la première Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, qui se tiendra le dimanche 25 juillet, a été rendu public mardi. François, âgé de 84 ans, y délivre une réflexion très intime et personnelle sur son propre rapport à la vieillesse et invite à la vivre comme un temps offert au Seigneur, dans une dynamique d’amour et de relation.

Plus qu’un message institutionnel, le Pape a rédigé ce texte comme une lettre intime, pleine d’amour, de respect et de sensibilité, personnellement adressé à un «cher grand-père» ou à une «chère grand-mère».
Ce terme va ici bien au-delà de la seule définition biologique des grands-parents qui auraient eu une descendance, mais qui exprime plutôt un respect affectueux, englobant tous les anciens. D’une façon inhabituelle dans un texte pontifical, mais conformément à l’usage argentin et italien, François emploie le « tu » et le « je », se situant lui-même comme un homme éprouvé par sa vieillesse. 

Tirant sa réflexion de la promesse de Jésus dans l’Évangile de Matthieu, «Je suis avec toi tous les jours», le Pape de 84 ans assume aussi cette phrase comme engagement personnel: «“Je suis avec toi tous les jours” sont aussi les paroles qu’en tant qu’évêque de Rome, et en tant que personne âgée comme toi, je voudrais t’adresser à l’occasion de cette première Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées. Toute l’Église est proche de toi disons-le mieux, elle nous est proche–: elle a souci de toi, elle t’aime et ne veut pas te laisser seul!»

Le Pape évoque les douleurs liées à la pandémie, notamment la solitude des personnes âgées privées du contact physique avec leurs proches en raison des restrictions sanitaires. «La pandémie a été une tempête inattendue et furieuse, une dure épreuve qui s’est abattue sur la vie de tout le monde, mais qui a réservé un traitement spécial, un traitement encore plus rude à nous, les personnes âgées. Beaucoup d’entre nous sont tombés malades; nombreux ont perdu la vie ou ont vu mourir leur conjoint ou leurs proches; d’autres encore ont été contraints à la solitude pendant une très longue période, isolés», s’attriste François

Le Seigneur appelle à tout âge, même quand on se croit oublié

Mais le Seigneur «est aux côtés de ceux qui font l’expérience douloureuse d’être mis à l’écart», explique le Pape, qui évoque un récit d’un texte non retenu dans le canon biblique mais néanmoins étudié par des exégètes chrétiens, le Protoévangile de Jacques.

«Une tradition raconte que saint Joachim, le grand-père de Jésus, avait lui aussi été exclu de sa communauté parce qu’il n’avait pas d’enfants; sa vie, tout comme celle de sa femme Anne, était considérée comme inutile. Mais le Seigneur lui envoya un ange pour le consoler. Alors qu’il se tenait tout triste aux portes de la ville, un envoyé du Seigneur lui apparut pour lui dire: « Joachim, Joachim! Le Seigneur a exaucé ta prière insistante. » Giotto, dans l’une de ses célèbres fresques,semble situer l’épisode pendant la nuit, une de ces nombreuses nuits sans sommeil, pleines de souvenirs, de soucis et de désirs, auxquelles beaucoup d’entre nous sommes habitués», raconte François.

La promesse de Jésus, “Je suis avec toi tous les jours”, peut donc être actualisée dans la vie de chacun, et notamment de chaque ancien. «Il te le dit, il me le dit, il le dit à nous tous! Tel est le sens de cette Journée que j’ai voulu que l’on célèbre pour la première fois cette année, après une longue période d’isolement et une reprise encore lente de la vie sociale: que chaque  grand-père, chaque grand-mère, chaque personne âgée – en particulier les plus isolés d’entre nous – reçoive la visite d’un ange», écrit le Pape avec une espérance vibrante et une certaine poésie.

«Parfois, ils auront les traits de nos petits-enfants, d’autres fois, ceux des membres de notre famille, des amis de toujours ou que nous avons rencontrés pendant ces moments difficiles. Pendant cette période, nous avons appris l’importance des câlins et des visites pour chacun d’entre nous, et commeje suis attristé par le faitque dans certains lieux, ces gestes ne soient pas encore possibles!», s’impatiente François.

Trouver une inspiration dans la Parole de Dieu

Le Pape rappelle aussi que «le Seigneur nous envoie aussi ses messagers à travers la Parole de Dieu», invitant donc à lire chaque jour une page de l’Évangile, mais aussi les Psaumes ou encore les Prophètes. «Les Écritures nous aideront également à comprendre ce que le Seigneur attend de notre vie aujourd’hui. En effet, il envoie les ouvriers à sa vigne à toutes les heures de la journée, à chaque saison de la vie», écrit François, qui livre un témoignage personnel sur son élection au Siège de Pierre en mars 2013, à 76 ans, alors qu’il avait présenté sa démission comme archevêque de Buenos Aires depuis plus d’un an et avait organisé ses dispositions pratiques pour sa retraite.
«Je peux moi-même témoigner d’avoir reçu l’appel à devenir évêque de Rome au moment où j’avais atteint, pour ainsi dire, l’âge de la retraite et je ne pensais plus pouvoir faire grand-chose de nouveau. Le Seigneur est toujours proche de nous, toujours, avec de nouvelles invitations, avec de nouvelles paroles, avec sa consolation. Il est toujours proche de nous. Vous savez que le Seigneur est éternel et ne prend jamais sa retraite,jamais», insiste-il.
Le Pape insiste donc sur la mission des personnes âgées, jusqu’à la fin de leur vie: «Conserver les racines, transmettre la foi aux jeunes et prendre soin des plus petits.» Chaque personne âgée, même avec ses limites physiques et psychologiques, peut assumer ce rôle de transmission. «Peu importe ton âge, si tu travailles encore ou pas, si tu es resté seul ou si tu as encore une famille, si tu es devenu grand-mère ou grand-père très tôt ou plus tard, si tu es encore indépendant ou si tu as besoin d’assistance, car il n’y a pas un âge de retraite pour la mission d’annoncer l’Évangile, de transmettre les traditions aux petits-enfants. Il faut se mettre en chemin et, surtout, sortir de soi pour entreprendre quelque chose de nouveau», explique le Pape François.

Ouvrir son cœur aux appels de l’Esprit Saint

Malgré la solitude, la fatigue, le poids des routines quotidiennes, les personnes âgées ne doivent pas renoncer à la perspective de répondre aux appels du Seigneur. François évoque un récit tiré du 3e chapitre de l’Évangile de Jean. «Nicodème a posé une question similaire à Jésus lui-même lorsqu’il lui a demandé: « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux? » Cela est possible, répond le Seigneur, en ouvrant son cœur à l’action de l’Esprit Saint qui souffle où il veut. L’Esprit Saint, en vertu de la liberté qu’il a, va partout et fait ce qu’il veut.»
Il ne faut donc jamais se décourager, et aujourd’hui, la reconstruction de nos sociétés meurtries par la pandémie, mais aussi, plus largement, par une certaine atomisation du lien social et intergénérationnel, passe par trois axes : «les rêves, la mémoire et la prière. La proximité du Seigneur donnera la force d’entreprendre un nouveau chemin, même aux plus fragiles d’entre nous, par les routes du rêve, de la mémoire et de la prière», explique François.

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