« Ne nous laissons pas voler notre joie pascale ! »

Oui, c’est la joie pascale ! De la mort, jaillit la vie ! L’amour qui se donne, et jusqu’au bout est vainqueur de la mort ! Avez-vous remarqué à qui Jésus ressuscité apparait ? A Pilate ? Non, aux soldats romains ? Non, pas plus à Hérode ! D’abord parce que Jésus n’est pas là pour prendre sa revanche et régler ses comptes ! Il apparait à ses amis, ceux qui l’ont suivi ! Il les rejoint chez eux ! Qu’est-ce que cela veut dire ? Un point majeur de notre foi chrétienne. Il met le projecteur sur l’essentiel de nos vies : notre foi au Christ ressuscité souligne le sérieux de nos relations humaines. Nos relations familiales, nos amitiés, la fraternité que nous voulons vivre, nos relations de solidarité ont un poids d’éternité ! Nous ne sommes pas des individus isolés, perdus dans le vaste monde, et soumis à une mondialisation sauvage ; nous sommes des personnes faites pour la relation. C’est le geste de Jésus sur l’icône : il rétablit le lien. Sans relations avec nos proches, nous sommes morts ! C’est la grande œuvre de Jésus ressuscité : restaurer les liens avec lui et entre nous. Non, notre foi en la résurrection ne fait pas de nous des résignés, des fatalistes du style : le monde est contaminé vivement l’éternité ! Bien sûr, nous aspirons au Royaume de Vie, d’amour, mais nous agissons dès maintenant sur les lieux de fracture, de désespoir. Non, nous ne sommes pas des individus isolés, mais nous dépendons les uns des autres.

Et nos métiers, c’est pas seulement pour gagner de l’argent, c’est pour le service des autres : nous le redécouvrons en applaudissant les personnels soignants, mais aussi les caissières de nos magasins ou ceux qui s’occupent de la propreté de nos rues. Non, nous ne sommes pas des individus isolés, nous sommes solidaires des plus fragiles, des plus petits de nos frères. Voilà ce que nous dit le Christ ressuscité, voilà ce monde nouveau vers lequel il nous entraîne dans cette joie pascale. C’est la joie de croyants qui perçoivent la dure réalité de l’existence humaine, qui n’ont pas d’illusions sur les forces du mal, mais qui savent que la mort n’aura pas le dernier mot. Car le Christ l’a vaincue. Cultivons cette joie pascale entre nous, en renforçant, en restaurant, en développant les liens entre nous, entre voisins, entre proches. Et à vous frères et sœurs croyants, je propose pour ce temps pascal, trois points d’attention, un geste, des paroles, une prière. Un geste simple : le sourire, même si c’est un sourire triste, car il y a quelque chose de plus triste qu’un sourire triste, c’est la tristesse de ne pas sourire ; des paroles habitées par la vie du ressuscité, non pas à la recherche du bouc émissaire, mais des paroles de bienveillance, qui encouragent, qui réconfortent et commençons en familles : chers parents, quelle est la qualité de chacun de vos enfants ? Et vous chers enfants de vos parents ? Et étendons cela même à la belle-famille ! Et puis une prière : le merci au Seigneur, l’action de grâce pour sa présence, les signes du ressuscité. Oui, frères et sœurs, cultivons la joie pascale, proclamons le message pascal : le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Amen.

+ Jean-Paul James

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas